De la Plume au Micro
Atelier d’écriture à l’Habitat Jeunes Charles-Brennus de Châteaudun
Projet
Écrire une histoire collectivement.
Structurer les différentes étapes de la narration.
Utiliser des archétypes pour la création de personnages.
Adaptation sous forme de chansons.
Déroulé
Les participant-es se réunissent et sont dans un premier temps initité-es à la structure narrative en 12 étapes.
Les éléments de l’histoire sont inventés collectivement lors d’un moment convivial où tout le monde est invité à participer.
Le Voyage de X
Opéra Rap – Livret des 67 chansons
1 - Le Peuple du Sable
Là-bas, où l’astre d’or consume l’horizon,
Où les dunes ondulent comme une mer figée,
Vit un peuple oublié du monde et sa raison,
Les Potiplas, gardiens d’un savoir partagé.
Leurs tentes sont palais de toile et de lumière,
Teintes de cette ocre que revêt l’aube naissante,
Quand le désert hésite entre rêve et prière,
Entre la nuit qui meurt et l’aurore innocente.
Ils possèdent le tout en ne possédant rien,
Ayant compris ce que la ville a su proscrire :
Que l’on est plus riche avec peu de besoins
Qu’avec mille trésors dont le poids nous déchire.
Le vent est leur poète, le sable leur écrit,
Les étoiles anciennes sont leurs seules lumières,
Et dans chaque grain d’or qu’emporte l’infini
Se cache une sagesse, humble et millénaire.
Ici, point de frontière entre le tien et le mien,
L’hospitalité règne en religion sans dogme,
Le thym sauvage embaume les chemins incertains
Où l’homme a fait du passage son unique royaume.
C’est en ce lieu hors du temps, sanctuaire doré,
Que notre histoire prend ses racines de silence,
Là où le ciel épouse le désert étoilé,
Là où commence le songe et finit l’évidence.
© Éditions Benhem
2 - Le Miracle du 12 Mai
Le douze mai deux mille quinze, sous le zénith cruel,
Quand l’empereur solaire atteignait son apogée,
Les débris d’un oiseau de fer tombé du ciel
Jonchaient le sable d’or comme un puzzle brisé.
L’appareil, esclave des nécessités terrestres,
Avait manqué d’essence en traversant l’azur,
Et s’était abîmé dans ce royaume alpestre
De dunes et de vent, de silence et d’air pur.
Les sièges éventrés, les valises ouvertes,
Leur contenu dérisoire éparpillé au gré
Du souffle qui emporte les illusions offertes
Par ce monde lointain que le désert ignorait.
Parmi les décombres fumants, ô prodige étrange !
Les Potiplas trouvèrent un cœur qui battait :
Une enfant aux grands yeux, semblable à un ange
Que la mort avait effleuré sans l’emporter.
Comment ? Par quel mystère ? Quel dieu charitable
Avait préservé cette âme au milieu du chaos ?
Même Amina, la sage aux quatre-vingts ans fables,
Ne sut déchiffrer ce céleste tableau.
« Le désert, » murmura-t-elle en prenant l’enfant,
« Donne parfois ce qu’il prend à notre existence.
Et ce qu’il donne ainsi, ô miracle confondant,
Est toujours précieux, lourd de mystère et d’essence. »
Ainsi fut sauvée du néant une vie nouvelle,
Ainsi commença l’histoire de celle qui fut nommée
X, l’inconnue mathématique, l’éternelle,
Celle en qui l’infini des possibles est semé.
© Éditions Benhem
3 - X, la Belle Inconnue
Ils la nommèrent X, non par manque d’idée,
Mais par excès de celle-ci, ô subtilité !
Car X, cette inconnue aux maths abandonnée,
Contenait l’infini de toute possibilité.
« Tu es notre énigme, » dit Youssef le conteur,
Dont la voix résonnait tel un luth mélancolique,
« Notre belle inconnue, et dans ton nom rêveur
Se cachent mille solutions, ô mystère algébrique. »
Point de nom de famille, point d’origine connue,
Point d’ancêtres gravés sur quelque pierre ancienne,
Seulement ce symbole offert à l’ingénue :
La liberté de faire d’elle-même la sienne.
L’enfant y trouva non pas une limitation,
Mais l’immense pouvoir de se définir seule,
De tracer son chemin sans cette tradition
Qui enchaîne parfois les âmes à leur aïeule.
Elle grandit ainsi, fille du vent et du sable,
Adoptée par un peuple qui ne fit nulle différence
Entre les capacités des forts et des faibles,
Entre les héritiers et ceux nés de l’errance.
Malik lui enseigna l’art subtil du tissage,
Leïla lui révéla les secrets des plantes guérisseuses,
Amina lui montra comment lire les présages
Dans le sable mouvant, ces écritures mystérieuses.
Yasmine lui dévoila la carte des étoiles,
Ces phares scintillants qui guident les perdus,
Et tous lui transmirent, par-delà tout le voile,
Cette sagesse du désert que le monde a perdue.
X l’inconnue devint X la nomade éclairée,
Portant en elle l’infini de tous les devenirs,
Riche de n’avoir rien, libre d’être changée,
Belle énigme vivante promise à l’avenir.
© Éditions Benhem
4 - Les Leçons du Désert
Seize fois l’astre d’or accomplit sa carrière
Depuis que l’enfant-ombre avait ouvert les yeux,
Et le désert sculptait son âme prisonnière
Avec la patience qu’ont les siècles pieux.
Chaque étoile du ciel lui murmurait son nom,
Ces syllabes perdues que jadis les anciens
Chantaient dans leur langue oubliée, et que non,
Les savants modernes n’ont point dans leurs mains.
Elle apprit à lire l’invisible écriture
Que le vent trace et efface sur le sable,
À deviner l’orage dans la nuit future,
À entendre chanter l’eau sous la roche immuable.
Ses pieds nus connaissaient l’âme secrète des dunes,
Cette sagesse ancienne qu’aucun livre n’enseigne,
Comment danser avec l’étendue, l’opportune
Harmonie entre la terre et celui qui la peigne.
« Le sable est ton allié, » lui dit-on un matin,
Tandis qu’elle courait vers l’aurore naissante,
Et ces mots résonnèrent comme un hymne lointain
Dans son cœur où dormait une quête pressante.
Car sous chaque savoir, sous chaque pas appris,
Sous la maîtrise claire du désert et du vent,
Vivait encore l’ombre d’un autre pays,
D’une autre existence qu’elle cherchait en rêvant.
Ainsi grandit l’enfant entre deux infinis :
Le désert qui l’a faite et le passé qui l’appelle,
Riche de tout savoir et de tout oubli,
Tissant son identité d’une étoffe nouvelle.
© Éditions Benhem
5 - Y'a Pas de Problèmes
« Y’a pas de problèmes, que des solutions, » disait
Cette enfant du désert avec tranquillité,
Reprenant la maxime qu’Amina répétait,
Cet adage ancien de simple vérité.
Elle avait vérifié par sa propre existence
Que tout obstacle cache en lui sa résolution,
Que la vie nous enseigne, avec sa patience,
À transformer l’épreuve en révolution.
Quand vint la sécheresse, il y a trois années,
Et que les puits connus tarirent un à un,
X fut la première à suggérer, obstinée,
De chercher plus loin l’eau, vers d’autres chemins.
« Le problème, » dit-elle avec sa logique claire,
« N’est point que l’eau a fui notre monde assoiffé,
Mais que nous la cherchons où elle était hier.
L’eau s’en est allée ailleurs, il faut la retrouver. »
Et ils la trouvèrent, creusant selon l’angle
Que X avait déduit des plantes survivantes,
Suivant les signes secrets que le désert mêle
Dans le comportement des racines savantes.
Lorsqu’elle se blessa le pied dans une course,
Blessure qui aurait pu s’infecter gravement,
Point ne gémit-elle, cherchant plutôt la source
Du remède, interrogeant Leïla calmement.
Elle prépara seule son cataplasme amer,
Et durant sa convalescence forcée,
Perfectionna son art du tissage, sans être
Par l’inaction ou le regret terrassée.
« Un pied blessé guérit, » expliqua-t-elle, sereine,
« Mes mains fonctionnent bien, pourquoi me désoler ?
Chaque obstacle n’est rien qu’une nouvelle veine
D’où jaillit la lumière quand on sait la creuser. »
Cette force tranquille impressionnait les sages,
Cette capacité rare à ne point fléchir,
À voir dans chaque épreuve un nouveau paysage
Où l’âme peut grandir et l’esprit s’enrichir.
© Éditions Benhem
6 - Les Rêves Fragmentés
Pourtant, malgré l’amour que lui donnaient les siens,
Malgré le sable d’or sous ses pieds familiers,
X sentait en son cœur un vide aérien,
Semblable à ces puits anciens qu’on ne peut mesurer.
Ce n’était point douleur, mais absence étrange,
Une question muette précédant le langage,
Un écho sans parole où le mystère se mélange
À la certitude obscure d’un lointain voyage.
Certaines nuits, elle se réveillait tremblante,
Portant en ses paupières des fragments de visions :
Des palais de verre et de pierre géante
S’élevant vers le ciel avec présomption.
Des étendues d’eau si vastes, ô merveille !
Qu’on n’en pouvait voir la limite ni la fin,
Des foules de fantômes qui passaient sans s’éveiller,
Se croisant sans se voir dans un ballet incertain.
Et toujours ces voix qui l’appelaient tendrement
Dans une langue oubliée que son cœur comprenait,
Syllables perdues d’un monde différent,
Échos d’une existence que sa mémoire taisait.
« Le cœur a sa mémoire, » disait Youssef le sage,
« Que l’esprit ne connaît ni ne peut effacer.
Elle dort comme les graines sous le sable de l’âge,
Attendant cette pluie qui les fera germer. »
Amina lui parlait avec sa voix ancienne :
« Tu cherches tes racines, enfant, c’est naturel.
Mais souviens-toi de ceci : l’arbre sahélien
Ne survit point par ses racines verticales.
Il vit grâce aux racines qui s’étendent largement,
Qui embrassent le présent dans toute son étendue.
Tes racines sont ici, dans chaque enseignement,
Dans chaque main tendue, dans chaque âme reconnue. »
Mais le vide demeurait, mystérieux puits
Où résonnaient parfois des échos d’autrefois,
Et X vivait ainsi entre le jour et la nuit,
Entre le désert aimé et l’ailleurs qui l’attire en soi.
© Éditions Benhem
7 - L'Aube du Seizième Printemps
En ce matin de mai, jour de sa renaissance,
Seize années après le miracle accompli,
X se tenait debout dans la lumière immense
Au sommet de la Vigie, son sanctuaire choisi.
L’horizon s’embrasait de couleurs impossibles
Que nul peintre n’eût osé sur sa toile mêler :
Des ors tournant au cuivre, des roses indicibles
S’épanouissant en pourpre avant de s’envoler.
Le ciel hésitait encore entre nuit et aurore,
Comme si l’aube n’était point un instant précis,
Mais un état de l’âme où le monde s’ignore
Et cherche son visage dans l’infini gris.
Vêtue d’indigo précieux, cette teinte rare
Que les Potiplas gardent jalousement secrète,
Ses cheveux tressés d’argent selon l’art barbare
Des jeunes de son âge, elle contemplait, prophète.
Le vent jouait avec les pans de sa robe sombre
Et portait jusqu’à elle les bruits du campement :
Le tintement des cuivres, les rires dans la pénombre,
Le hennissement lointain d’un dromadaire errant.
Une flûte chantait sa mélodie plaintive
Dont elle ne pouvait distinguer le joueur,
Et tous ces sons tissaient leur harmonie furtive
Dans le matin naissant, orchestre mineur.
Elle sentait, sans pouvoir nommer cette science,
Que quelque chose d’important allait advenir,
Non point par vision ni divine prescience,
Mais par cette certitude que donne l’avenir.
Quelque chose allait changer le cours de sa vie,
Tourner la page ancienne d’un livre mystérieux,
Et pour la première fois, l’âme réjouie,
Elle accueillait ce changement comme un don des cieux.
« Y’a pas de problèmes, » murmura-t-elle au vent,
« Que des solutions. » Mais sa voix tremblait légèrement.
Alors, porté par l’air comme un présage étrange,
Lui parvint le rugissement lointain d’un moteur.
© Éditions Benhem
8 - Le Rugissement de Métal
Le rugissement d’un moteur déchira soudain
Le silence sacré du désert millénaire,
Comme un intrus brutal ignorant le chemin
Des lois ancestrales qui régissent ces terres.
X tourna vivement la tête, tous sens en éveil,
Jamais elle n’avait ouï pareil vacarme
En ces lieux où ne règnent que le vent et le soleil,
Les voix humaines tissant leurs douces alarmes.
Au loin, soulevant un nuage de sable doré
Qui captait la lumière en auréole céleste,
Un étrange véhicule bondissait, égaré,
Par-dessus les dunes avec une violence leste.
La machine dansait, ou plutôt combattait
Le désert surpris par cette intrusion soudaine,
Chaque saut était victoire que la gravité permettait,
Chaque atterrissage une négociation incertaine.
Un buggy. X en avait entendu parler jadis
Par ces rares voyageurs aux vêtements étranges,
Portant des montres brillantes et l’accent maudit
De ceux qui viennent d’ailleurs, d’un monde qui change.
Mais voir cette créature de métal et de bruit
Était tout autre chose que d’en ouïr le récit :
Plus impressionnant et plus incongru qu’on ne dit,
Tel un poisson perdu dans une bibliothèque écrite.
L’engin se rapprochait à vitesse terrifiante,
Traçant des arabesques folles dans le sable vierge,
Comme un calligraphe dément à l’encre brûlante
Écrivant un message urgent que nul ne déchiffre.
X, dont l’œil était habitué à lire le mouvement,
Comprit en un instant la tragédie imminente :
Le conducteur perdait le contrôle assurément,
Le buggy allait verser, la mort était patente.
Sans réfléchir – car telle était sa nature ardente –
Elle dévala la pente en courant vers le danger,
Ses pieds nus trouvant la voie dans le sable mouvant,
Coulant le long des dunes tel un fleuve léger.
Sa robe indigo flottait comme un étendard,
Ses tresses d’argent scintillaient dans la lumière,
Et elle ressemblait, vue de loin par hasard,
À quelque divinité descendue sur terre.
Le buggy fit une dernière embardée violente,
Puis s’immobilisa dans une gerbe de sable
Qui retomba en pluie dorée et scintillante,
Le moteur toussa, cracha, puis se tut, lamentable.
Un silence étrange s’abattit sur le désert,
Ce silence suspendu des tragédies évitées,
Où le monde retient son souffle dans l’air,
Incertain entre joie et nouvelle anxiété.
X approchait, le cœur battant d’une excitation
Qu’elle ne comprenait pas, plus profonde que l’action.
© Éditions Benhem
9 - Hakim aux Yeux Verts
La portière grinça, protestant douloureusement,
Révélant les blessures de l’engin malmené,
Et une silhouette émergea lentement,
Se dépliant comme un rêveur qui vient de s’éveiller.
C’était un jeune homme à l’âge incertain,
Entre l’adolescence et l’âge adulte encore,
Dix-huit ou dix-neuf ans peut-être, le lendemain
De l’enfance perdue, l’aube qui se dore.
Il descendit du buggy en chancelant légèrement,
S’appuyant sur la portière pour trouver l’équilibre,
Ses cheveux bouclés, couverts de sable abondamment,
Brillaient pourtant d’auburn là où le soleil vibre.
Ces boucles indisciplinées encadraient son visage
Marqué par l’aventure qu’il venait de traverser :
Une égratignure sur la joue, mélange
De soulagement et de trouble entremêlés.
Ses vêtements criaient leur origine urbaine :
Un jean délavé ignorant le désert et ses lois,
Un t-shirt blanc devenu gris de poussière ancienne,
Et des lunettes précieuses pendues sur le toit.
Ses mains, X le remarqua d’un œil exercé,
Ne portaient point les marques du labeur manuel,
Mais affichaient plutôt cette élégance tracée
Par ceux qui vivent loin du monde naturel.
Lorsqu’il leva les yeux vers elle – mouvement
Qui semblait lui coûter un effort considérable,
Comme s’il luttait contre quelque empêchement
Invisible gardant son regard vers le sable –
X fut saisie par leur couleur extraordinaire :
Des yeux verts, mais non d’un vert quelconque ou banal,
Un vert profond, stratifié, un vert qui éclaire
Comme les oasis surgies du sol aride et pâle.
Le vert des premiers bourgeons au retour du printemps,
Le vert des pierres rares que portent les marchands,
Le vert de toute vie concentrée en un instant,
Le vert qui hante l’âme et traverse le temps.
Il la fixait avec cette intensité troublante
De celui qui voit un fantôme se matérialiser,
Sa bouche s’ouvrit, se ferma, hésitante,
Comme si les mots refusaient de se former.
Et dans ce regard vert où brillait la stupeur,
X sentit quelque chose en elle se fissurer,
Une porte ancienne s’ouvrant dans son cœur,
Laissant entrer la lumière d’un monde oublié.
© Éditions Benhem
10 - Vous Ressemblez Tellement...
« C’est… » commença-t-il d’une voix brisée, rauque,
Affectée par la poussière, l’émotion, ou les deux,
« C’est impossible. Vous… » Les mots dans sa gorge
Se heurtaient comme des oiseaux pris dans un nœud.
X se précipita pour le soutenir, instinctive,
Passant son épaule sous son bras chancelant,
Prenant son poids avec une force vive
Qui témoignait de seize années dans le vent.
Il était plus grand qu’elle d’une tête entière,
Et dégageait ces parfums composites et troublants :
L’essence accrochée aux vêtements de misère,
La sueur de la peur, le cuir, et plus troublant,
L’odeur d’un autre monde, de cet ailleurs lointain
Dont elle ne savait rien sinon qu’il existait,
Avec ses propres lois, ses mystères incertains,
Ses parfums inconnus que le vent transportait.
« Qui êtes-vous ? » demanda-t-elle d’abord
Dans le dialecte des Potiplas, oubliant
Que cette langue n’était parlée que par les siens encore,
Puis répéta en arabe, maladroitement :
« Man ant ? Qui êtes-vous ? » Sa voix tremblait légèrement.
Le jeune homme cligna des yeux plusieurs fois,
Comme émergeant d’un rêve ou d’un cauchemar éveillé,
Secoua la tête, envoyant voltiger dans le froid
Des particules d’or qui scintillèrent, éparpillées.
« Hakim, » répondit-il dans un arabe parfait,
Teinté d’un accent qu’elle ne reconnaissait point,
Accent de villes jamais vues, d’un monde qu’il connaît,
D’une vie existant dans un univers loin.
Il déglutit avec peine, comme si chaque parole
Devait franchir un obstacle dans sa gorge nouée :
« Et vous… pardonnez-moi si mon regard vous frôle,
Mais vous ressemblez de façon stupéfiante, avouée,
À quelqu’un que je connais. Quelqu’un que j’ai… »
Sa voix se brisa comme une corde trop tendue,
« Que j’ai perdu. » Puis se corrigea, défait :
« Que nous avons tous perdu. » Phrase suspendue.
Dans ces mots – ces quelques syllabes arrangées
Dans cet ordre fatal qui change les destinées –
X sentit quelque chose en elle se briser,
Ou peut-être s’ouvrir, porte déverrouillée.
Une porte longtemps close dont elle ignorait
L’existence même dans les chambres de son âme,
Déverrouillée soudain par une clé secrète
Qu’elle n’avait jamais cherchée dans ce drame.
Les fragments de ses rêves, ces images floues,
Ces voix qui l’appelaient dans la langue oubliée,
Se pressèrent contre sa conscience, debout,
Exigeant d’être entendus, refusant d’être niés.
© Éditions Benhem
11 - Le Basculement
Les questions qu’elle avait enfouies soigneusement
Sous seize années de vie quotidienne et simple,
Qu’elle avait recouvertes de sable patiemment
Comme on cache un puits dangereux dans un temple,
Remontèrent soudain avec force irrésistible,
Telles des bulles d’air qui ne peuvent rester
Sous l’eau indéfiniment, dans l’invisible
Profondeur où le cœur les avait fait plonger.
Qui était-elle vraiment ? Non point X la Potipla,
Non point l’enfant trouvée dans les débris fumants,
Mais elle – celle qu’elle fut avant que le crash là
L’arrachât à son monde dans ce bouleversement.
D’où venait-elle avant que le désert l’accueille ?
Quelle vie avait-elle menée dans ces années
Dont elle ne gardait nulle trace, nul recueil,
Sinon ces rêves flous qui venaient la hanter ?
Et pourquoi cet étranger aux yeux couleur d’espoir
La regardait-il comme on contemple un miracle,
Ou un fantôme surgi du néant, ce soir,
Ou peut-être les deux à la fois, ce spectacle ?
Le désert, qui avait été son univers entier,
Qui avait défini les limites de son monde,
Les frontières de son possible, le sentier
De sa destinée claire et profonde,
Lui sembla soudain vaste et terriblement petit,
Paradoxe étrange qui troublait sa raison :
Comment quelque chose peut-il être infini
Et minuscule à la fois, dans la même saison ?
Le Sahara s’étendait sur des millions de lieues,
Englobant des pays, des secrets innombrables,
Offrant une infinité de dunes aux cieux,
Mais soudain lui parut n’être qu’un grain de sable
Dans l’immensité d’un monde qu’elle ignorait,
Au-delà des dunes visibles depuis la Vigie,
Au-delà même de celles qu’elle imaginait,
Se trouvait un univers de verre et de magie.
Un monde de machines rugissantes et de pierre,
De foules pressées et de langues oubliées,
De visages familiers qu’elle ne pouvait voir,
Un monde qui, peut-être, la connaissait, troublée,
Sous un autre nom qu’elle avait dû porter,
Un monde qui l’attendait depuis seize années,
Se demandant ce qu’elle était devenue, égarée,
Dans le silence infini des dunes de sable doré.
L’appel à l’aventure résonnait maintenant
Dans son cœur comme un tambour des cérémonies,
Dont le battement semble venir du dedans,
Directement dans la poitrine, sans harmonie.
Et X sut, avec cette certitude profonde
Qui ne trompe jamais, cette intuition claire
Qui précède la raison dans ce vaste monde,
Que sa vie allait basculer, entière.
© Éditions Benhem
12 - La Parole d'Amina
Le campement s’éveillait, alerté par le bruit
Qui avait déchiré le silence matinal,
Les anciens sortaient de leurs demeures, suivis
Des jeunes curieux du spectacle anormal.
Youssef apparut d’abord, enveloppé encore
Dans sa couverture de nuit, les yeux plissés
Contre le soleil levant qui le dore,
Puis Leïla et Malik, jamais séparés.
Karim et les autres jeunes du campement
Accouraient pour voir la source de ce vacarme,
Cette machine de métal qui maintenant
Gisait silencieuse, privée de ses armes.
Mais ce fut Grandmother Amina qui transforma
La scène par sa seule présence ancienne,
S’avançant avec cette dignité que seuls ont là
Les êtres ayant traversé les peines humaines.
Elle s’appuyait sur sa canne de bois noueux,
Qu’elle avait sculptée quarante printemps passés,
Et qui portait les marques des jours nombreux,
Frappant le sable avec régularité, cadencés.
Chaque coup produisait un son sourd et certain
Qui semblait dire : « J’arrive, et tout s’éclaircira. »
Mais X ne pouvait détacher son regard lointain
D’Hakim, et Hakim ne la quittait pas du regard, troublé.
Ils étaient comme deux aimants dont les pôles
Se seraient inversés dans quelque mystère étrange,
Créant une attraction que nul ne contrôle,
Que ni l’un ni l’autre ne comprend ni ne change.
« Y’a pas de problèmes, » murmura X pour elle-même,
Si doucement que même Hakim ne put l’entendre,
« Que des solutions. » Mais pour la première fois, blême,
Elle n’était plus sûre que cet adage puisse s’étendre
À la situation présente, ce gouffre ouvert
Dans son existence tranquille et ordonnée.
Comment résoudre le mystère de l’univers
Quand c’est sa propre existence qui est questionnée ?
Comment trouver réponses aux questions muettes
Qu’elle ne savait même pas formuler encore ?
Comment naviguer ce monde qui l’inquiète,
Guidée seulement par ces yeux verts qui l’implorent ?
Grandmother Amina arriva enfin à leur hauteur,
Regarda longuement Hakim, puis X, puis lui,
Ses yeux noirs ayant vu quatre-vingt-trois lueurs
De soleil se lever et mourir dans la nuit.
Ils brillaient d’une compréhension qui semblait
Transcender les mots, le temps et l’espace,
Cette sagesse que seul le grand âge révèle
Quand l’âme a contemplé toutes les faces.
« Ainsi, » dit-elle simplement en dialecte ancien,
Sachant que X comprendrait même si l’étranger
Ne le pouvait pas, « le désert reprend ce qui est sien.
Ou peut-être donne-t-il enfin, sans plus tarder,
Ce qu’il avait seulement gardé en sécurité,
Protégé dans son sein comme un trésor précieux,
Attendant l’heure juste de la vérité,
Quand les chemins se croisent sous les yeux des cieux. »
Et dans ces mots cryptiques, chargés de mystère,
Prononcés avec la sagesse des âges révolus,
X entendit à la fois bénédiction et prière,
Adieu et encouragement, le connu et l’inconnu.
Son voyage commençait, loin des dunes aimées,
Vers un monde inconnu où l’attendait son nom,
Armée seulement de son courage affirmé,
Et de cette conviction : toute question a sa solution.
© Éditions Benhem
13 - Le Festin du Crépuscule
Quand l’astre occidental commença sa descente,
Teignant le firmament de cuivre et d’améthyste,
Le campement s’anima d’une ardeur bienfaisante,
L’hospitalité régnant comme un rite triste.
Car chez les Potiplas, partager le repas
N’était point courtoisie mais sacrement sans temple,
Religion du partage aux humbles appas
Qui se célébrait chaque soir, humble et simple.
On sortit les dattes dorées, fruits du soleil,
Le pain cuit dans le sable au parfum sans pareil,
Leïla versa son tajine aux épices rares,
Malik prépara le thé que nul ne peut comparer.
Hakim reçut la place d’honneur entre
Amina la sage et Youssef le conteur,
Tandis que X mangeait, silencieuse, le ventre
Noué par quelque pressentiment intérieur.
À un moment du festin, quand l’attention
Fut captivée par Youssef narrant ses légendes,
Hakim se pencha vers X, murmura sans façon
Des mots que nul autre ne pouvait entendre.
Elle tourna vers lui son visage, surprise,
Stupéfaction et reconnaissance mêlées,
Puis tous deux se levèrent dans la brise
Et s’éloignèrent du cercle assemblé.
Seule Amina, dont les yeux ne manquaient rien,
Les suivit du regard, sachant très bien
Que se jouait là quelque mystère ancien
Dont dépendrait le destin de l’enfant sien.
Ils s’entretinrent longuement contre le ciel nocturne,
X écoutait, hochait la tête, questionnait,
Hakim répondait, l’âme bouleversée et taciturne,
Révélant ce secret qui la concernait.
Quand ils revinrent au cercle — le récit
De Youssef touchait à sa fin dramatique —
Le visage de X portait l’esprit
D’une âme qui vient de voir l’énigmatique.
Le repas se prolongea dans la nuit douce,
Mais X n’y participa plus vraiment,
Son corps présent mangeait, mais son âme jalouse
Voguait ailleurs, vers un autre firmament.
© Éditions Benhem
14 - La Carte des Rêves
La nuit tomba sur le campement endormi,
X se retira dans sa tente de toile,
Puis s’allongea sans défaire ses voiles,
Et sombra dans un sommeil profond, assoupie.
Le sommeil ne fut point repos paisible,
Mais chute dans un puits aux images étranges,
Où la logique suit d’autres fuseaux, sensible
À cette cohérence onirique que le réveil change.
Elle se retrouva dans l’atelier de Malik,
Où trônait son métier à tisser majestueux,
La lumière avait cette qualité oblique
Des songes, trop vive et trop douce aux yeux.
Malik était assis, ses doigts agiles
Dansaient entre les fils avec grâce subtile,
Dans une concentration qui semblait
Exclure toute possibilité de lui parler.
« Malik ? Que fais-tu ? » appela X en vain,
Mais le tisserand poursuivait son labeur,
Silencieux, tissant quelque chose d’incertain
Qui captivait entièrement son cœur.
Ce n’est qu’en s’approchant du métier ancien
Qu’elle comprit ce qui le fascinait tant :
Il tissait non pas les motifs habituels siens,
Mais une carte aux fils étincelants.
Vert profond, bleu azur, brun et ocre dorant
Formaient une géographie stupéfiante —
Des vallées et montagnes apparaissant,
Des rivières serpentant, brillantes.
C’était un paysage sans rapport aucun
Avec le désert qu’elle connaissait bien —
Un lieu où la végétation régnait, opportun,
Où l’eau coulait, où la verdure était lien.
Des arbres aux feuillages de mille nuances,
Des fruits pendus aux branches tissées d’or —
Le paradis perdu des anciennes croyances,
Ce jardin d’Éden que chante le folklore.
X se pencha, cherchant à déchiffrer
Les symboles incorporés dans la trame —
Certains familiers, d’autres à découvrir,
Signes anciens porteurs d’énigme et de flamme.
Soudain, avec cette certitude absolue
Qui n’existe que dans les rêves profonds,
Elle sut que cette carte n’était point seulement vue
Géographique, mais voyage de son cœur fécond.
Les vallées représentaient ses doutes à traverser,
Les montagnes les obstacles de son âme,
Les rivières les émotions à embrasser,
Le paradis la découverte de qui elle fut, madame.
Malik posa le dernier fil avec soin,
Puis se tourna vers X — premier mouvement —
Et lui tendit la carte, geste de témoin,
Qui ressemblait à une bénédiction pieusement.
X hésita. Prendre cette carte signifiait
Accepter le voyage qu’elle représentait,
S’engager sur un chemin qui défiait
Tout retour possible vers ce qu’elle connaissait.
« Y’a pas de problèmes, » murmura-t-elle enfin,
« Que des solutions. » Et tendit la main.
Au moment où ses doigts touchèrent la toile,
Elle se réveilla en sursaut, le cœur battant,
Le rêve s’évanouit comme un voile,
Mais laissa une certitude habitant.
Elle savait maintenant ce qu’elle devait faire.
© Éditions Benhem
15 - Le Refus de Leïla
Le lendemain matin, après les tâches usuelles
Accomplies avec une concentration étrange,
X se dirigea vers la tente rituelle
De Leïla, cherchant conseil, échange.
La guérisseuse triait ses herbes précieuses,
Ces plantes qu’elle collectait avec soin jaloux,
Conservées dans des sachets mystérieux
Marqués de symboles connus d’elle seule, de nous.
Leïla était femme de quarante printemps,
Cet âge où la jeunesse cède à plus profond,
Ses mains tachées de vert par le temps
Bougeaient avec précision, sans qu’on confonde.
« Leïla, » commença X sans préambule aucun,
« J’ai besoin de ton aide pour un voyage lointain.
Quelles plantes faudrait-il ? Quels remèdes opportuns
Pour fortifier le corps et l’esprit incertain ? »
Le silence qui suivit fut lourd comme pierre.
Leïla regarda X longuement, troublée,
Dans ses yeux se livrait bataille intérieure
Entre ce qu’elle devrait faire et ce que son cœur voulait.
« C’est à cause de cet étranger, » dit-elle enfin,
Ton accusateur trahissant sa peine profonde.
« Avant qu’il n’arrive avec son engin,
Tu étais heureuse ici, tu étais des nôtres en ce monde. »
« Alors pourquoi partir ? Pourquoi risquer ta vie
Dans un monde dont tu ignores tout, dis-moi ?
Non, je ne peux t’aider dans cette folie. »
Et Leïla détourna le regard, émoi dans la voix.
© Éditions Benhem
16 - Le Vote du Peuple
Le repas de midi se déroula dans l’air
Étrangement tendu qui pesait sur les cœurs,
Les Potiplas sentaient qu’une affaire
Importante couvait sous la surface en pleurs.
X mangea peu, repoussant les dattes offertes,
Buvant à peine du thé qui refroidissait,
Elle semblait rassembler son courage, alerte,
Pour une annonce qu’elle redoutait.
Finalement, alors que le repas touchait
À sa fin et que les voix reprenaient,
X se leva brusquement, tous la regardaient,
Convergeant vers elle, attendant ce qu’elle dirait.
« J’ai quelque chose à vous dire, » annonça-t-elle,
Sa voix tremblante malgré ses efforts vains.
« Je… je dois partir. » La nouvelle
Tomba comme un couperet sur le festin.
« Partir ? » répéta Youssef, retrouvant sa voix.
« Mais où ? Pourquoi ? » Les questions fusaient.
« Hakim m’a appris des choses sur moi,
Sur mon passé. Une famille qui me cherche peut-être. »
Mais avant qu’elle n’achève, Leïla se leva,
Tremblante d’un mélange de colère et d’effroi :
« Non ! Je m’oppose ! » sa voix s’éleva.
« Nous avons vécu cachés, protégeant notre loi !
Si elle part, elle parlera de nous, là-bas !
Ils viendront avec leurs machines, leurs questions !
Ils voleront notre savoir, transformeront en appas
Notre terre sacrée ! » Son accusation
Résonna dans le cercle. Des murmures d’accord
Accueillirent ses mots. La peur ancestrale
De l’invasion extérieure, ce remords,
Était ancienne chez les Potiplas, fatale.
« Je propose un vote, » déclara Leïla alors.
« Que ceux qui pensent que X devrait rester
Lèvent la main. » Dans le silence, dehors
Le vent soufflait, témoin du destin contesté.
Lentement, des mains commencèrent à s’élever —
D’abord Karim, puis Malik, puis d’autres encore.
Plus de la moitié votait pour la garder.
Le verdict était clair à l’aurore.
X sentit les larmes monter à ses yeux,
Non de colère mais de tristesse immense.
« Très bien, » dit-elle d’une voix aux cieux.
« Vous avez voté. » Et quitta l’assistance.
Elle s’enfuit vers les dunes, le cœur lourd,
Laissant derrière elle un silence pesant,
Plus éloquent que tous les plus beaux discours,
Chargé de tout l’amour et le tourment présent.
© Éditions Benhem
17 - Les Larmes du Désert
X grimpa la dune qu’elle nommait la Vigie
Avec une détermination presque furieuse,
Ses pieds nus s’enfonçant dans le sable en furie,
Trahissant son trouble intérieur, malheureuse.
Elle ne pleurait pas — les Potiplas enseignaient
Que pleurer dans le désert était luxe vain,
L’eau du corps trop précieuse pour qu’on la perdît
En larmes, mais son cœur pleurait, incertain.
Une fois au sommet, elle s’assit face
À l’immensité dorée qui s’étendait sans fin,
Les dunes se succédant dans l’espace
Jusqu’à l’horizon, vagues de sable hautain.
Le soleil de l’après-midi écrasait le paysage
De sa lumière blanche, rendant l’air épais,
Chaque respiration devenait un effort, cage
Où l’âme étouffait dans un tourment secret.
Le vote des Potiplas résonnait dans sa tête
Comme un verdict définitif et cruel,
Ils avaient parlé, choisi, la défaite
Était consommée, le refus rituel.
Comment résoudre cette contradiction amère
Entre son cœur qui l’appelait vers l’ouest
Et sa loyauté envers ce peuple sincère
Qui l’avait élevée avec tant de zeste ?
Elle resta longtemps immobile, perdue
Dans ses pensées qui tournaient sans issue,
Entre le monde connu et l’inconnu,
Entre X la Potipla et l’autre, disparue.
© Éditions Benhem
18 - La Sagesse d'Amina
Le son familier d’une canne frappant
Le sable avec régularité de métronome
Tira X de ses pensées accablantes —
Elle reconnut Amina sans voir le fantôme.
L’ancienne arriva à son niveau paisible,
S’arrêta sans rien dire, contemplant aussi
L’étendue infinie du désert visible,
Deux silhouettes contre le ciel, ici.
Elles demeurèrent ainsi en silence long,
Pendant de longues minutes suspendues,
L’une jeune et droite, l’autre au front
Courbé par les années, mais non vaincue.
Ce fut X qui rompit le silence enfin,
Sa voix rauque d’émotions contenues :
« Je ne comprends pas. Pourquoi ce destin ?
Je pensais que Leïla comprendrait, l’ingénue. »
Amina resta silencieuse quelques instants,
Comme si elle devait laisser la question
Se déposer dans l’air du désert changeant
Avant d’y répondre avec compassion.
« La peur, » dit-elle de sa voix ancienne,
« C’est la peur qui guide Leïla, enfant.
Peur pour toi, peur pour elle, la sienne,
Peur de l’inconnu, du changement troublant. »
« Leïla t’aime comme sa propre fille née,
L’amour choisi est parfois plus fort encore
Que celui imposé par la destinée.
Elle a peur de te perdre à l’aurore. »
© Éditions Benhem
19 - Les Racines du Présent
« Tant que vous ne pourrez parler cœur ouvert,
Sans la barrière de vos peurs respectives,
Cette impasse perdurera dans le désert,
Cette incompréhension qui vous captive. »
Amina marqua une pause, fermant les yeux,
Comme si elle écoutait un message secret
Que seule elle pouvait entendre dans les cieux,
Porté par le souffle du vent discret.
« Parfois, » reprit-elle en rouvrant les yeux,
« Il n’est pas possible de parler ainsi.
Certaines choses demandent le temps précieux
Pour être digérées, pour être comprises ici. »
Elle se tourna vers X, dans son regard noir
Brillait cette lumière particulière
De ceux qui ont compris quelque savoir
Essentiel sur la nature humaine entière.
« Dans ces moments, quand les paroles ne peuvent
Franchir les murs que la peur a érigés,
Il ne reste qu’une chose : que les cœurs prennent
Le chemin des esprits, des rêves partagés. »
« Écoute ton cœur, X, » continua la sage,
« Il connaît des vérités que l’esprit ignore.
Crois en tes rêves, en leur mystique message.
Ne jamais abandonner, voilà le vrai trésor. »
« Car le voyage est plus important, belle enfant,
Que la destination où tu arriveras.
Les épreuves que tu affronteras en marchant,
Les choix face aux obstacles, voilà qui te sculpteras. »
Elle posa sa main ridée sur celle de X,
Sa peau parcheminée contrastant avec
La peau lisse de la jeune au cœur perplexe :
« Le désert m’a appris en quatre-vingt-trois brefs
Printemps, que les racines les plus profondes
Ne s’enfoncent pas dans le passé lointain,
Mais s’étendent largement dans le présent du monde.
Tu peux partir chercher tes origines, certain,
Mais n’oublie jamais que tes vraies racines
Sont dans chaque personne qui t’enseigna,
Dans chaque expérience, chaque doctrine,
Dans chaque choix que ton cœur empoigna. »
Elle serra doucement la main de X
Avant de la relâcher avec tendresse,
Puis se releva avec effort, son indexe
S’appuyant lourdement sur sa canne vieillesse.
« Parfois, » dit-elle en guise d’adieu ultime,
« Partir est ta destinée véritable.
Essayer d’échapper à son destin sublime
Est comme empêcher le sable d’être sable. »
Elle resta encore un instant debout,
Silhouette fragile mais inébranlable
Contre le ciel éclatant, témoin de tout :
« Écoute ton cœur, X, il est fiable. »
Et sur ces mots, elle entama sa descente,
Laissant X seule avec ses pensées naissantes,
Le vent qui soufflait doucement, et cette
Décision qu’elle devait prendre, pressante.
© Éditions Benhem
20 - La Décision Silencieuse
X resta longtemps au sommet de la Vigie,
Regardant le soleil descendre lentement
Vers l’horizon occidental, cette liturgie
Quotidienne du ciel embrasé doucement.
L’ouest. Là où se trouvait l’océan jamais vu,
Là où existait un monde inconnu d’elle,
Là où, peut-être, l’attendait une famille perdue
Qui la croyait morte depuis seize ans, fidèle.
Les paroles d’Amina résonnaient encore
Dans son esprit comme un écho persistant :
« Écoute ton cœur, il connaît le vrai trésor,
Les racines s’étendent dans le présent. »
Le vote des Potiplas avait été clair,
Ils avaient choisi, parlé avec leur peur,
Mais dans son cœur, une certitude sincère
Prenait forme malgré la douleur.
Comment rester quand tout en elle criait
De partir, de découvrir, de savoir enfin
Qui elle avait été avant que le désert
Ne l’accueille dans son sein, au matin ?
Comment ignorer cet appel qui résonnait
Depuis toujours dans les recoins de son âme,
Cette question muette qui la hantait,
Ce vide étrange qui en elle réclame ?
« Y’a pas de problèmes, » murmura-t-elle
Au vent qui emporta ses mots vers l’ouest,
« Que des solutions. » Et cette étincelle
Devint certitude, flamme de sa quête.
Dans son cœur, une décision prenait forme,
Non pas avec des mots ou la raison,
Mais avec cette certitude qui déforme
Le possible et trace sa propre saison.
Elle partirait. Malgré le vote, malgré
La peur de Leïla, malgré tout l’amour
Qui la liait aux Potiplas, elle irait
Vers cet ouest mystérieux, vers ce jour
Où elle comprendrait enfin qui elle était,
D’où elle venait, quel nom elle portait,
Avant de devenir X, avant que le désert
Ne fasse d’elle cette enfant du sable et du secret.
Le soleil toucha l’horizon, embrasant
Le ciel de couleurs impossibles et belles,
Et X sentit son cœur battant
Au rythme d’une aventure nouvelle.
Demain, elle franchirait le seuil interdit,
Elle quitterait ce monde familier,
Elle s’en irait vers l’inconnu, vers la nuit,
Guidée seulement par son cœur éveillé.
La décision était prise, silencieuse mais ferme,
Gravée dans son âme comme dans la pierre,
Et rien désormais ne pourrait refermer
Cette porte ouverte vers la lumière.
© Éditions Benhem
21 - La Nuit des Fugitifs
La nuit tomba sur le campement des Potiplas
Avec cette rapidité particulière au désert,
Où le crépuscule n’est point transition, hélas,
Mais chute brutale dans l’obscur univers.
Les étoiles s’allumèrent une à une dans le ciel,
Ces mêmes étoiles que X avait appris à nommer,
Ces guides lumineux, ces phares éternels
Qui avaient orienté les Potiplas à travers les années.
Dans sa tente, X s’activait avec détermination
Silencieuse qui contrastait avec son cœur troublé,
Elle attendit que Yasmine sorte sans hésitation
Rejoindre les autres au feu, pour ne pas être dévoilée.
Elle pliait ses affaires avec soin précis,
Choisissant l’essentiel avec cette sagesse
Que le désert enseigne : ne prendre que ce qui
Est absolument nécessaire, éviter l’ivresse
De l’excès qui devient fardeau insupportable
Quand on doit le porter sur longues distances.
Sa robe indigo, une couverture impeccable
Tissée par Malik, le couteau de l’enfance
Offert par Amina pour ses quinze printemps,
Les pierres à feu pour allumer un brasier,
Les dattes séchées qu’elle gardait depuis longtemps,
Le pain dur, le thé — luxe mais réconfort entier.
« Passe-moi les cordes pour le tissage, » dit-elle
Soudain, s’adressant à une ombre à l’entrée.
Hakim était entré silencieusement, fidèle,
Et avait compris sa détermination affirmée.
Il obéit sans poser de questions troublantes,
Voyant dans sa posture et ses gestes précis
Qu’elle avait pris sa décision, déterminante,
Et que rien ne pourrait la faire fléchir ici.
X ferma son sac d’un geste définitif
Et le passa sur son épaule avec force :
« Tu es sûre ? » demanda Hakim, pensif.
« Non, » dit-elle, « mais je dois le faire sans remords. »
Et sans un mot de plus, sans se retourner
Vers la tente qui avait été son foyer seize ans,
Elle sortit dans la nuit fraîche du désert étoilé,
Hakim la suivant, tous deux vers l’occident.
© Éditions Benhem
22 - Complices
Le campement était plongé dans l’atmosphère
Paisible de la nuit, la plupart retirés
Dans leurs tentes après les chants du soir, l’air
Doux portait encore les mélodies sacrées.
Seuls quelques veilleurs restaient près du feu,
Leurs silhouettes se découpant contre les flammes,
Mais ils regardaient vers l’extérieur, vers les cieux,
Surveillant les dangers plutôt que les âmes.
X et Hakim se dirigèrent avec prudence
Vers l’enclos des dromadaires, conspirateurs,
Chaque pas calculé pour ne pas briser le silence,
Chaque mouvement mesuré pour tromper les veilleurs.
Le cœur de X battait si fort dans sa poitrine
Qu’elle craignait qu’on ne l’entende à travers
Tout le campement, tambour de sa doctrine,
Rythmant sa fuite vers l’océan et ses mystères.
En approchant de l’enclos, ils aperçurent
Une silhouette près des animaux tranquilles —
Yasmine nourrissait les bêtes, elle murmurait
Des mots doux, penchant la tête avec style.
X et Hakim se cachèrent rapidement
Derrière une tente proche, retenant leur souffle,
Attendant, comptant les secondes lentement
Qui semblaient s’étirer comme un long golfe.
Yasmine continuait ses soins avec patience,
Vérifiant les pattes, le museau de chacun,
S’assurant de leur santé avec diligence
Pour le voyage prévu au matin, opportun.
Enfin — après ce qui parut une éternité —
Yasmine donna une dernière tape affectueuse
Au plus grand des dromadaires, puis s’en est allée
Vers le feu central, démarche gracieuse.
« Maintenant, » chuchota X dans la nuit sombre.
Ils se glissèrent jusqu’à l’enclos silencieux,
X choisit deux dromadaires qu’elle connaissait — l’ombre
Des bêtes robustes et fiables, sous les cieux.
Elle commença à préparer le premier animal,
Passant les sangles avec des gestes nerveux
Que la nervosité rendait anormaux,
Hakim luttait avec le second, maladroit, pieux.
Ils étaient si absorbés dans leur tâche urgente
Qu’ils ne remarquèrent pas la présence nouvelle
Qui s’était matérialisée, silencieuse et patiente,
Derrière eux, observant leur fuite rebelle.
« Vous pensez vraiment pouvoir vous en sortir
Sans mon aide ? » La voix de Yasmine résonna,
X et Hakim sursautèrent, près de partir,
Se retournant comme un seul homme, étonnés là.
Yasmine se tenait, les bras croisés, un rictus
Amusé aux lèvres brillant dans la clarté :
« Regardez comment vous les avez attelés, confus !
Le pauvre Hakim a tout mis à l’envers, en vérité !
Si vous partiez ainsi, vous ne tiendriez pas
Deux kilomètres avant que ces pauvres bêtes
Ne boitent ! » Elle secoua la tête, sans émoi,
Puis se dirigea vers un troisième animal, prête.
Elle prépara son propre dromadaire avec l’efficacité
De quelqu’un qui a fait ce geste mille fois,
Vérifiant chaque sangle avec précision, vérité,
S’assurant que tout était parfait, sans effroi.
X et Hakim la regardaient, bouche bée,
Ne comprenant pas ce qui se passait devant eux.
« Ben oui, » dit Yasmine en montant, libérée,
« Maintenant ils vont m’accuser d’être complice, joyeux.
Alors il va falloir me supporter ! » Elle leur adressa
Ce sourire en coin qui était sa signature —
Moitié défi, moitié invitation qui pressa
Les deux autres à la suivre dans l’aventure.
« Alors, vous venez ou vous comptez rester
Plantés là comme deux palmiers dans une tempête ? »
X sentit l’émotion la submerger, troublée —
Gratitude, soulagement, affection parfaite.
Sans un mot — car certains moments dépassent
Les paroles humaines dans leur intensité —
X et Hakim montèrent, et dans l’espace
Les trois dromadaires s’élancèrent, libérés.
« Yah ! » cria doucement Yasmine, donnant
Le signal du départ vers l’inconnu lointain,
Et les trois bêtes partirent, galopant
Dans la nuit du désert, vers leur destin.
Derrière eux, le campement commençait à s’agiter —
Des voix s’élevaient, des lampes s’allumaient enfin.
Mais c’était trop tard pour les rattraper,
Les fugitifs fondaient dans l’obscur, vers leur chemin.
Le seuil avait été franchi, point de retour
Possible maintenant, seul l’avant existait —
Cet avant mystérieux qui se déploie toujours
Comme promesse ou menace, ou les deux, parfait.
© Éditions Benhem
23 - Trois Dromadaires dans la Nuit
Les trois dromadaires avançaient dans la nuit
Avec cette démarche chaloupée familière,
La lune presque pleine dispensait assez de lueur
Pour distinguer les dunes, paysage qui fuit.
X menait le groupe, guidée par les étoiles
Qu’elle connaissait aussi bien que sa main,
Polaris au nord, Sirius qui dévoile
Le sud brillant, et l’ouest, leur chemin.
Ils chevauchaient en silence depuis une heure,
Chacun perdu dans ses pensées profondes
Sur ce qu’ils venaient de faire, sur leur cœur,
Sur ce qui les attendait au-delà des ondes.
Derrière eux, le campement s’agitait encore,
Des voix s’élevaient, des lampes brillaient,
Mais les fugitifs avaient déjà pris l’essor,
Fondant dans l’obscurité qui les protégeait.
Le seuil était franchi, irréversible et net,
Plus de retour possible maintenant,
Seul l’avant existait, mystérieux et muet,
Qui se déployait devant eux, troublant.
© Éditions Benhem
24 - La Poursuite
Ce fut Yasmine qui rompit le silence enfin,
Sa voix portant dans l’air nocturne clair :
« On va vers où avec tout ça, ce destin ? »
« Vers l’ouest, » répondit X, « vers la mer. »
« Vers l’océan ! » ajouta Hakim avec excitation.
« Ah oui d’accord ! » dit Yasmine, amusée.
« Dans quoi je me suis embarquée, quelle passion ! »
Mais son ton était plus léger qu’angoissé.
Ils continuèrent leur progression tranquille,
Les dunes défilant sous les pas patients,
L’air nocturne du désert était fragile,
Frais, presque froid après le jour brûlant.
Au bout d’un moment, Yasmine reprit, sérieuse :
« À mon avis, Leïla a dû créer
Une petite équipe pour nous suivre, furieuse.
Elle n’acceptera pas qu’on ait osé défier. »
X sentit son estomac se nouer dans son ventre.
« Tu penses qu’ils nous suivent ? » demanda Hakim.
« Évidemment, » dit Yasmine. « Ils doivent nous prendre
Pour des traîtres maintenant, dans leur estime. »
« Nous devrions accélérer notre allure,
Les traces de sabots ne sont pas visibles
Dans le noir, mais au jour, cette ouverture
Deviendra chemin évident et lisible. »
Elle talonna sa monture, criant « Yah ! »
Et les trois dromadaires s’élancèrent plus vite,
Leurs pattes frappant le sable, voilà
Qu’ils galopaient vers leur destin, leur fuite.
Les heures passèrent, l’obscurité se dilua,
Le noir devint bleu marine puis indigo,
Les étoiles pâlirent, le jour s’insinua,
À l’est, l’horizon rougeoyait, beau tableau.
X et Hakim se retournèrent sur leurs bêtes,
Scrutant l’horizon derrière eux, inquiets —
Et ce qu’ils virent leur glaça la tête :
Des silhouettes. Quatre, cinq peut-être, au fait.
« Ils nous suivent, » constata Hakim inutilement.
« Yasmine, » appela X, « tu avais raison. »
Yasmine se retourna aussi, évaluant calmement :
« Bon, nous avons un autre problème à l’horizon. »
Elle pointait vers l’ouest maintenant, leur direction —
Et là, ils virent ce qui transforma
Leur inquiétude en véritable terreur, cette vision :
Une tempête de sable qui s’approchait, voilà.
© Éditions Benhem
25 - Le Mur de Sable
Ce n’était encore qu’un nuage à l’horizon,
Mais même à cette distance, sa taille immense
Impressionnait — un mur de sable, prison
Qui s’élevait jusqu’au ciel avec violence.
« Combien de temps avant qu’elle nous atteigne ? »
Demanda Hakim, la peur dans sa voix.
Yasmine plissa les yeux, évaluant sans feindre :
« Une heure. Peut-être plus si nous avons de quoi. »
« Et les poursuivants ? » demanda X, troublée.
« Ils nous atteindront avant la tempête si nous
Ne bougeons pas, » répondit Yasmine. « Mais s’ils sont
Intelligents, ils chercheront un abri pour nous tous. »
Elle réfléchit un instant, concentrée :
« Notre seule chance, c’est de trouver
Un abri nous aussi. Vite, sans tarder ! »
« Yah ! » cria-t-elle, ordonnant de galoper.
Les trois dromadaires s’élancèrent maintenant
À pleine vitesse, leurs pattes frappant
Le sable dans un rythme frénétique, pourtant
Le vent se levait, la tempête approchant.
Derrière eux, le mur de sable se rapprochait,
Avalant l’horizon inexorablement,
Devant eux, les dunes se succédaient
Sans variation, sans abri évident.
Soudain, Yasmine poussa un cri — non de peur,
Mais d’excitation dans l’urgence présente :
« Là ! Une grotte ! » hurla-t-elle avec ardeur
Pour se faire entendre malgré le vent qui vente.
X plissa les yeux dans la direction montrée —
Et oui, enfouie à moitié dans le sable
Au pied d’une dune escarpée, cachée,
Elle vit une ouverture sombre, improbable.
« C’est notre seule chance ! » cria Yasmine fort
En dirigeant son dromadaire vers l’entrée.
Ils foncèrent, le vent hurlait encore,
Le sable volait, la visibilité réduite.
Ils atteignirent la grotte in extremis,
L’entrée était étroite — trop pour les bêtes.
Les trois cavaliers descendirent, soumis,
Luttant contre le vent qui menaçait, tempête.
« Les dromadaires ! » cria Hakim avec émoi.
« On n’a pas le choix ! » hurla Yasmine en retour.
« Ils sont robustes ! Ils survivront, crois-moi ! »
Elle poussa les deux autres vers le jour
Qui devenait nuit artificielle déjà.
Les dromadaires tournèrent leurs arrière-trains
Vers le vent — position instinctive, voilà —
Et s’accroupirent, fermant les yeux, sereins.
© Éditions Benhem
26 - Dans le Ventre de la Terre
Les trois humains se glissèrent dans l’ouverture,
Se faufilant dans un espace étroit à peine,
Progressant à quatre pattes dans l’obscur,
S’enfonçant profondément, évitant la peine.
La grotte semblait s’élargir après l’entrée,
Créant une chambre naturelle et vaste
Où ils pourraient attendre que soit passée
La tempête, ce moment néfaste.
Derrière eux, à l’entrée de la grotte sombre,
Le sable commençait déjà à s’accumuler,
Apporté par le vent furieux, sans nombre,
Grain par grain, l’ouverture fut scellée.
La lumière diminua de plus en plus,
Le sable bloquait l’entrée progressivement.
Bientôt, ils furent plongés dans l’inconnu,
Une obscurité complète, totalement.
Ils restèrent immobiles dans le noir profond,
Écoutant le rugissement assourdissant
De la tempête à l’extérieur, ce son
Comme un monstre hurlant sa rage, menaçant.
« Tout le monde va bien ? » demanda Yasmine enfin.
« Oui, » répondit X, vérifiant son état.
« Je crois, » ajouta Hakim d’une voix sans fin,
Légèrement tremblante dans l’obscur plat.
« Bon, » reprit Yasmine après un moment long.
« Vous comptez me mettre au jus ou comment ? »
Dans l’obscurité, X et Hakim, confonds,
Échangèrent un regard qu’aucun ne voit vraiment.
C’était le moment de tout révéler enfin,
Où tous les secrets devaient être partagés.
X prit une profonde inspiration, le destin
Dans sa voix : « Quand j’ai vu Hakim, troublée,
C’était comme si je le connaissais déjà.
Il m’a dit qu’il était troublé car je
Ressemble comme deux gouttes d’eau à sa
Tante décédée il y a seize ans, voyez.
Sa tante qui est morte dans un crash, cette
Même catastrophe qui m’a amenée ici.
Elle avait une fille. » Sa voix s’arrête.
« Elle s’appelait Penda. Elle aurait ainsi
Quarante ans aujourd’hui. » Le silence tomba,
Si complet qu’on aurait pu entendre le sable
Tomber grain par grain. « Ah oui d’accord, » dit Yasmine, voilà,
« Je comprends mieux… pas besoin d’en dire plus, c’est fiable. »
© Éditions Benhem
27 - Le Désert Lavé
X se réveilla la première, tirée
Du sommeil par le silence étonnant —
Après des heures du vacarme assuré,
Cette absence de bruit était troublant.
Elle se redressa, désorientée dans le noir,
Puis remarqua un mince rayon de lumière
Filtrant depuis l’entrée, laissant voir
Que le sable s’était tassé dans sa manière.
Elle rampa vers l’entrée et commença
À écarter le sable avec ses mains patientes,
Creusant avec détermination qui ne cessa,
Grain par grain, l’ouverture devint évidente.
Yasmine et Hakim, réveillés par ses mouvements,
Vinrent l’aider dans sa tâche ardue.
Enfin, l’ouverture fut suffisamment
Large pour qu’ils puissent sortir, éperdue.
Ils émergèrent dans un monde transformé,
Le désert ressemblait à une toile vierge
Sur laquelle un artiste n’avait pas posé
Son pinceau, un nouveau paysage émerge.
Toutes les traces de leur passage disparu —
Et de celui de leurs poursuivants aussi —
Avaient été effacées, tout était nu,
Les dunes changées de forme, sculptées ici.
Mais leurs dromadaires avaient disparu sans trace.
« Bon, » soupira Yasmine en scrutant autour,
« Au moins, nous ne sommes plus poursuivis, grâce
À la tempête qui a effacé tout parcours.
Au regard de l’entrée de la grotte, j’estime
Que Dindi doit être dans cette direction.
Nous ne devrions plus être loin, intime,
De l’océan maintenant. Sans hésitation,
Je connais un oasis à une nuit de marche
De la mer. Si nous partons maintenant, avant
Que la chaleur ne devienne trop proche, patriarche,
Nous pourrons l’atteindre avant ce soir, vivant. »
© Éditions Benhem
28 - La Marche vers l'Oasis
Sans leurs dromadaires, sans moyen rapide,
Ils n’avaient d’autre choix que de marcher vers l’ouest.
Ils se mirent en route, âmes intrépides,
Trois silhouettes minuscules dans l’immense reste.
La marche fut éprouvante sous le soleil,
Chaque pas s’enfonçait dans le sable mouvant,
Exigeant un effort constant, sans pareil,
La chaleur devenait oppressante, étouffant.
Ils buvaient parcimonieusement de leurs gourdes,
Sachant qu’ils devaient rationner l’eau précieuse
Jusqu’à l’oasis, marchant sans être sourds
À leur corps qui criait sa fatigue furieuse.
Les heures passèrent dans une transe étrange,
Marcher, respirer, marcher, respirer encore,
Le monde se réduisait à ce rythme d’ange,
Cette alternance hypnotique qui fait corps.
Enfin, alors que le soleil descendait lent
Vers l’horizon et que X se demandait
Si ses jambes pourraient continuer longtemps,
Yasmine poussa un cri qu’elle entendait :
« L’oasis ! » Et là, comme un miracle vert
Au milieu de l’éternité minérale dorée,
Se dressait un bouquet de palmiers dans l’air
Entourant une nappe d’eau qui brillait, adorée.
C’était petit — peut-être une dizaine d’arbres —
Mais c’était un havre de vie sacré
Dans l’océan de sable, comme un marbre
Précieux dans le désert décoloré.
Ils accélérèrent malgré leur épuisement,
Attirés par la promesse de l’eau fraîche,
En arrivant, ils se jetèrent vraiment
Dans le bassin, buvant sans qu’aucun ne pèche.
Une fois leur soif étanchée et leurs visages
Lavés de la poussière accumulée longtemps,
Ils s’installèrent à l’ombre, sur les rivages,
Savourant ce moment de répit, contents.
© Éditions Benhem
29 - L'Oasis des Questions
Ce fut Yasmine qui rompit leur repos doux,
S’adossant contre le tronc d’un palmier :
« Alors, qu’avez-vous en tête maintenant, vous ? »
Hakim prit la parole pour expliquer :
« Nous avons décidé de prévenir mon père,
Raphaël, de la situation présente.
Il faut qu’il puisse voir X de sa manière,
De ses propres yeux, cette ressemblance évidente.
Si elle est vraiment la fille de Penda — et je crois
Que c’est le cas, même si je ne comprends
Pas comment c’est possible — alors il a le droit
De savoir, de retrouver sa nièce vivant. »
Yasmine hocha lentement la tête, pensive :
« Dindi. Une ville au bord de l’océan immense.
Un endroit que je n’ai jamais vu, furtive,
Mais dont j’ai entendu parler, avec science. »
Elle regarda X avec expression étrange :
« Tu te rends compte que si tu es vraiment
Ma cousine, tout va changer ? Tu ne ranges
Plus dans la même case, tu changes vraiment.
Tu ne seras plus X, l’enfant trouvée
Du désert. Tu seras quelqu’un d’autre, nouvelle,
Quelqu’un avec un passé, une famille retrouvée,
Des attentes. » X sentit un frisson d’étincelle.
Elle n’avait pas considéré cet aspect troublant.
Elle avait pensé à découvrir ses origines,
À combler ce vide en elle, ce tourment,
Mais pas à abandonner qui elle était, cette mine.
« Y’a pas de problèmes, » murmura-t-elle enfin,
Répétant son mantra comme une prière sacrée,
« Que des solutions. » Mais pour la première fois, certain,
Cette phrase sonnait moins comme certitude affirmée.
Le soleil se coucha, teignant le ciel entier
De couleurs impossibles et magnifiques.
Les trois compagnons restèrent sous les palmiers,
Regardant les étoiles apparaître, mystiques.
© Éditions Benhem
30 - Les Pierres à Feu d'Amina
Dans la tiédeur du soir qui précède la nuit,
Quand le désert s’apaise et que le vent se tait,
X posa son ballot près du feu qui luit
Et chercha dans son sac ce trésor qu’elle aimait.
Ses doigts trouvèrent promptement les pierres lisses,
Sculptées par le temps en formes familières,
Ces cailloux précieux, témoins de mille offices,
Cadeau d’Amina lors de son quinzième hiver.
Elle les contempla dans la paume ouverte,
Ces deux fragments de terre d’un gris profond,
Qui portaient les secrets d’une sagesse inerte
Dans leur substance même, leur poids, leur fond.
« Avec ceci, lui avait dit la vieille,
Tu ne seras jamais dans le froid ni le noir.
Le feu dort en ces pierres comme l’abeille
Dans la ruche attend l’heure de son devoir. »
X les frotta l’une contre l’autre doucement,
Geste rituel qu’elle accomplissait chaque soir,
Non par besoin de flamme en ce moment,
Mais pour sentir le lien qui ne peut déchoir.
Les étincelles jaillirent, constellation brève
Qui mourut dans l’azur avant d’avoir vécu,
Mais ce feu éphémère confirmait son rêve :
Elle portait en elle ce qui ne peut être vaincu.
« Demain nous approchons de Perla », dit Hakim,
Dont la voix troublée trahissait l’émotion.
« Mon père… je ne sais quel sera mon destin
Quand il verra surgir notre expédition. »
X rangea les pierres avec soin infini,
Les enveloppant d’un tissu de coton doux,
Et sentit en son cœur quelque chose d’infini :
Ces pierres la reliaient à ceux qui l’aimaient tous.
Car elles n’étaient pas seulement objet de feu,
Mais symbole vivant de l’amour des Potiplas,
De tout ce qu’ils lui avaient transmis de précieux,
De la force qui demeure quand tout se délabra.
© Éditions Benhem
31 - Le Rêve Prémonitoire
Cette nuit-là, X sombra dans le sommeil
Avec l’appréhension de celui qui pressent
Que les songes à venir ne seront point pareils
À ceux qu’il connaissait dans son innocence.
Et le rêve vint, oppressant et obscur,
Tissé de pressentiments et de visions troubles,
Où chaque image semblait porter l’augure
D’un danger imminent, d’une épreuve double.
Elle voyait des portes se refermer lentement,
Chacune condamnée par d’invisibles mains,
Tandis qu’une eau noire montait inexorablement,
Noyant les couloirs dans son flux inhumain.
Des crocodiles glissaient dans cette mer d’encre,
Leurs yeux jaunes brillant comme des lanternes,
Et leurs mâchoires ouvertes semblaient l’encercler
Dans une danse macabre, rituel infernal.
Elle courait dans des labyrinthes de pierre,
Poursuivie par des ombres aux voix familières,
Reconnaissant parfois le visage de sa mère
Dans ces spectres cruels à la démarche altière.
Un miroir géant reflétait son image brisée,
Multipliée à l’infini dans ses éclats tranchants,
Et chaque fragment montrait une vérité glacée
Qu’elle ne voulait voir, trop terrible pourtant.
Elle se réveilla en sursaut, le cœur battant,
Couverte d’une sueur froide malgré la chaleur,
Le goût amer de la peur dans la bouche encore,
Les membres tremblants comme feuille au vent pleureur.
Yasmine dormait près d’elle, paisiblement,
Sa respiration régulière emplissant la tente,
Mais X ne put retrouver le sommeil à temps :
L’aube pointait déjà, rose et menaçante.
« Tu as mal dormi ? » demanda Yasmine inquiète,
En voyant les cernes sous les yeux de son amie.
« J’ai rêvé », répondit X d’une voix discrète,
« Mais le rêve s’enfuit déjà vers l’oubli. »
Pourtant elle mentait, car le rêve demeurait,
Gravé dans sa mémoire comme une mise en garde,
Rappel que le chemin qu’elle empruntait
Menait vers un péril dont rien ne la garde.
32 - Vers les Portes de Perla
Ils levèrent le camp aux premières lueurs,
Quand l’horizon tremblait dans la brume de l’aube,
Et le désert changeait de nature et de couleur,
Devenant graduellement une autre robe.
Les dunes infinies laissaient place lentement
À un paysage plus rocheux, plus tourmenté,
Où la pierre affleurait sous le sable mouvant,
Révélant les os anciens de la terre incarnée.
L’air même se transformait, portant à présent
Des effluves nouveaux qu’X ne connaissait :
Une odeur salée que le vent apportait,
Mélange de varech et d’iode troublant.
« C’est l’océan », expliqua Hakim avec un sourire
Qui cachait mal son anxiété grandissante.
« Nous approchons de Dindi. D’ici je peux dire
Que Perla n’est plus qu’à quelques heures absentes. »
Il raconta alors les jardins merveilleux
Que son grand-père avait créés de ses mains,
Un paradis terrestre en ce lieu sablonneux,
Où l’eau jaillissait par miracle du terrain.
« Il avait fait venir des plantes de partout,
Des arbres fruitiers qui embaumaient l’atmosphère,
Des fleurs aux couleurs impossibles, je l’avoue,
Créant un éden dans ce désert austère.
Des allées serpentaient entre les bosquets,
Des fontaines chantaient leur complainte éternelle,
Et les oiseaux venaient de contrées oubliées
Pour nicher dans ce havre aux grâces immortelles. »
X écoutait, fascinée et troublée à la fois,
Car ces descriptions résonnaient étrangement
Avec les images que son rêve autrefois
Lui avait montrées lors de son tissage ardent.
Comment avait-elle pu rêver d’un endroit
Qu’elle n’avait jamais vu de ses propres yeux ?
Cette coïncidence l’emplissait d’un émoi
Qu’elle ne savait nommer, mystérieux.
Le paysage continuait de se métamorphoser,
Le sable cédant place à une terre plus ferme,
Et bientôt ils aperçurent, vision composée,
Les premières habitations aux formes peu sereines.
Dindi se dessinait au loin, ville étrange
Née de la rencontre entre désert et mer,
Ses maisons blanches formant un étalage
Le long de la côte aux reflets de verre.
33 - L'Ombre sur Perla
Mais ce n’était point Dindi qui captait leur regard,
Mais une île étrange émergeant des flots,
Reliée à la terre par un pont hasardeux,
Où se dressait Perla, manoir des maux.
La demeure semblait surgir du cauchemar,
Non par sa laideur – car elle était belle,
Avec ses tours élancées et ses murs de marbre rare –
Mais par l’aura sombre qui émanait d’elle.
Des jardins luxuriants l’entouraient comme un écrin,
Confirmant les récits d’Hakim sur leur splendeur,
Mais quelque chose de sinistre dans ce jardin
Glaçait le cœur de X d’une étrange froideur.
L’eau qui entourait l’île était d’un noir profond,
Presque visqueuse dans la lumière du jour,
Et des formes glissaient sous sa surface, au fond,
Que l’imagination pouvait voir sans détour.
« Les crocodiles », murmura Hakim, blême,
« Mon père les a gardés depuis toujours.
Il dit qu’ils sont les gardiens du domaine même,
Mais je crois qu’ils sont prisonniers de cet entour. »
X sentit un frisson la parcourir entière,
Non de peur physique devant le danger,
Mais d’une appréhension plus profonde et plus fière,
Comme si son âme reconnaissait un piège arrangé.
Elle pensa à son rêve de la nuit passée,
Ces portes qui se refermaient lentement,
Cette eau noire où les crocodiles nageaient,
Et comprit que son esprit l’avait averti vraiment.
« Quelque chose ne va pas », dit-elle doucement,
Sans pouvoir expliquer ce qu’elle ressentait.
« Ce lieu… il porte en lui un lourd tourment,
Une tristesse ancienne qui jamais ne se tait. »
Yasmine frissonna, partageant son malaise,
Car elle aussi percevait cette atmosphère étrange,
Cette beauté morbide qui jamais n’apaise,
Mais trouble l’âme comme un cauchemar qui dérange.
Hakim regardait la demeure avec des yeux
Emplis d’une nostalgie mêlée de crainte,
Se souvenant de son enfance en ces lieux,
Avant que tout ne bascule dans la complainte.
« Mon père vit seul ici depuis seize ans,
Avec Alou, son fidèle majordome,
Refusant de voir quiconque depuis ce temps,
Prisonnier volontaire de son propre royaume. »
34 - Conseil des Trois
Ils établirent leur camp à distance prudente,
Là où les rochers offraient abri discret,
Et tinrent conseil tandis que la nuit ardente
Descendait sur Dindi et ses mystérieux secrets.
« Je dois entrer seul », déclara Hakim,
Ses mains tremblant légèrement dans la pénombre.
« En tant que fils, j’ai le droit légitime
De franchir le pont sans éveiller l’ombre.
Mais vous deux, vous devrez attendre cachées,
Puis utiliser le passage secret que je connais.
Il commence près du vieux puits desséché,
Derrière les écuries où je jouais. »
Il traça dans le sable un plan rudimentaire,
Montrant les contours de la propriété,
Les jardins labyrinthiques au parcours tertiaire,
Et l’entrée secrète qu’il avait identifiée.
« Le tunnel remonte à l’époque de mon aïeul,
Construit pour fuir en cas d’attaque ou de siège.
Il débouche dans la cave, près du fauteuil
Où mon grand-père gardait ses trésors en liège.
De là, vous pourrez accéder aux pièces principales,
Mais restez dissimulées jusqu’à mon signal.
Je parlerai d’abord à mon père, rituels
Nécessaires avant toute révélation finale. »
X écoutait avec attention minutieuse,
Gravant chaque détail dans sa mémoire vive,
Mais son cœur battait d’une façon anxieuse,
Pressentant que leur plan pourrait prendre dérive.
« Et si ton père refuse de nous recevoir ? »
Demanda Yasmine avec pragmatisme franc.
« S’il ferme les portes et nous fait asseoir
Dehors, dans l’attente vaine sur ce banc ? »
Hakim secoua la tête, incertain lui-même :
« Mon père n’est pas cruel, mais il est brisé.
Le chagrin l’a rongé comme un mal qui germe,
Et je ne sais quel homme le temps a laissé.
Mais j’ai une arme secrète à déployer :
La canne de mon grand-père, que je porte fièrement.
Il la reconnaîtra et pourra employer
Ce symbole pour ouvrir son cœur doucement. »
Il sortit alors de son sac l’objet précieux,
Une canne de bois sombre incrustée d’argent,
Au pommeau sculpté d’un oiseau merveilleux,
Qui brillait dans la lumière du feu naissant.
« Cette canne appartenait à celui qui créa
Perla et ses jardins de ses mains laborieuses.
Mon père la respecte comme nul ne respecta
Jamais objet terrestre, avec foi religieuse. »
X la contempla avec respect silencieux,
Sentant le poids de l’histoire dans ce bâton,
Les générations qui l’avaient tenu, vieux
Témoin des joies et peines, des maux et dons.
« Nous partirons demain à l’aube naissante »,
Décida Hakim avec résolution ferme.
« Que cette nuit nous offre sa trêve apaisante,
Car demain, nos destins prendront un nouveau terme. »
Ils se serrèrent les mains dans un geste fraternel,
Scellant leur alliance face à l’épreuve à venir,
Trois jeunes gens unis par un lien éternel,
Prêts à affronter ensemble ce qui doit survenir.
Le feu crépitait, projetant des ombres dansantes
Sur leurs visages graves et déterminés,
Tandis que Perla, dans la nuit menaçante,
Attendait son secret, mystère confiné.
X sortit une dernière fois ses pierres à feu,
Les contempla dans la lumière des flammes,
Et murmura une prière aux dieux
Qui veillent sur le désert et guident les âmes :
« Grandmother Amina, si tu m’entends ce soir,
Accorde-moi la force d’affronter la vérité.
Quoi que je découvre, quel que soit mon devoir,
Aide-moi à rester digne de ta bonté. »
Yasmine lui prit la main doucement,
Et dans ce geste simple résidait tout l’amour
Que deux sœurs de cœur peuvent partager vraiment,
Promesse silencieuse de soutien sans détour.
Hakim regardait Perla au loin, pensif,
Se demandant quel accueil lui réserverait son père,
Craignant que leurs retrouvailles ne soient évasives,
Ou pire encore, empreintes de colère amère.
Mais le destin était en marche désormais,
Inexorable comme la marée montante,
Et rien ne pourrait plus arrêter jamais
Cette quête de vérité, âpre et dévorante.
La nuit s’écoula lentement sur Dindi,
Peuplée de rêves agités et d’angoisses,
Tandis que trois jeunes cœurs, loin du répit,
Se préparaient à franchir le seuil de l’angoisse.
L’aube viendrait bientôt, impitoyable et claire,
Et avec elle l’heure de l’approche finale,
Où X découvrirait enfin le mystère
De ses origines, vérité capitale.
35 - Les Larmes de Raphaël
Le pont grinçait sous les pas d’Hakim nerveux,
Reliant l’île maudite à la terre des vivants,
Et chaque planche semblait gémir de ses aveux,
Portant le poids des secrets accumulés dans le temps.
Perla se dressait devant lui, fantôme de pierre,
Avec ses tours élancées vers le ciel indifférent,
Ses jardins luxuriants cachant leur mystère,
Et cette beauté morbide qui glaçait le sang.
Un majordome apparut, silhouette voûtée,
Alou, le fidèle gardien de cette demeure,
Dont les yeux portaient la sagesse des années,
Et la tristesse de celui qui veille sur les pleurs.
« Ton père t’attend », dit-il d’une voix douce,
Guidant Hakim à travers les couloirs obscurs,
Où chaque tableau semblait cacher une secousse,
Chaque meuble portait le deuil des jours durs.
Raphaël était assis près d’une fenêtre close,
Contemplant l’eau noire où glissaient les reptiles,
Un homme de cinquante ans à la mine morose,
Vieilli avant l’âge par le poids des choses viles.
Ses cheveux grisonnants encadraient un visage
Marqué par la solitude et le remords ancien,
Ses mains tremblaient légèrement comme un présage,
Et tout en lui criait un indicible chagrin.
Quand il se retourna et vit son fils debout,
Ses yeux s’emplirent de larmes qu’il ne put contenir,
Et dans un sanglot qui lui déchirait le cou,
Il murmura simplement : « Tu es enfin venu. »
Hakim s’avança, le cœur lourd de compassion,
Voyant dans cet homme brisé son propre sang,
Celui qu’il avait fui par incompréhension,
Celui qui portait seul son fardeau depuis tant.
« Père », dit-il simplement, et dans ce mot résonnait
Tout le pardon qu’un fils peut offrir à un père,
Toute la douleur des années qui s’écoulaient,
Tout l’amour qui survit aux épreuves amères.
Ils s’étreignirent longuement dans le silence,
Tandis qu’Alou s’éclipsait avec discrétion,
Laissant les deux hommes à leur renaissance,
À ce moment sacré de réconciliation.
36 - La Terrible Vérité
Ils parlèrent d’abord de choses anodines,
Évitant le sujet qui les hantait tous deux,
Mais bientôt le silence devint trop lancinant,
Et Hakim prononça le nom qui changerait tout :
« Père, j’ai des nouvelles de l’enfant du désert,
Celle qui a survécu au crash de seize ans,
Ta nièce, la fille de Penda, ta sœur,
Elle vit, elle est là, tout près en ce moment. »
Raphaël devint livide comme un mort,
Se levant d’un bond, les yeux hagards d’effroi,
« Non ! » cria-t-il avec un accent si fort
Qu’Alou accourut, inquiet de son émoi.
« Tu ne comprends pas », reprit-il d’une voix brisée,
« Cette enfant… elle porte en elle le sang maudit
De celle qui a voulu me voir trépasser,
De celle dont le crime a détruit ma vie. »
Et alors, dans un récit haché de sanglots,
Raphaël déversa seize années de tourment,
Révélant l’horreur qu’Alou avait découvert tôt,
Cette vérité qu’ils avaient cachée si longtemps :
Penda avait tout manigancé froidement,
Découvrant que son frère devait prendre ce vol,
Elle avait modifié les réservations habilement,
Prenant sa place dans un dessein diabolique.
Elle avait soudoyé un mécanicien complice,
Qui devait saboter l’avion en plein ciel,
Préparant des parachutes dans leur section propice,
Pour s’échapper et laisser Raphaël mortel.
Son plan était simple dans sa cruauté :
Faire croire à la mort de son frère dans le crash,
Hériter de Perla, sa propriété convoitée,
Puis « réapparaître » dans quelques semaines sans accroche.
Mais le sabotage fut trop efficace hélas,
L’avion plongea plus vite qu’elle ne l’avait prévu,
Les parachutes ne servirent à rien dans ce fracas,
Et Penda périt dans le piège qu’elle avait conçu.
« Le karma l’a rattrapée », murmura Alou,
« La meurtrière tuée par son propre complot,
Seule l’enfant survécut, miracle fou,
Recueillie par le désert, sauvée du bourreau. »
Hakim chancela sous le poids de la révélation,
Comprenant soudain l’ampleur de la tragédie,
Sa tante était une criminelle sans compassion,
Et X portait en elle cet héritage maudit.
« Comment puis-je regarder cette enfant », pleurait Raphaël,
« Sans voir le visage de celle qui voulait ma mort ?
Comment accueillir l’héritière de cette cruelle,
Sans craindre qu’elle vienne réclamer mon sort ? »
37 - Le Piège Involontaire
Hakim était déchiré entre deux mondes,
Entre son père tremblant de peur ancienne,
Et X qui attendait dehors, en secondes,
La vérité sur ses origines lointaines.
« Père, elle n’est pas Penda », tenta-t-il d’expliquer,
« Elle a été élevée par des nomades bons,
Elle ne sait rien du complot à élucider,
Elle cherche seulement d’où elle vient, son nom. »
Mais Raphaël, paralysé par sa terreur,
Ne pouvait entendre raison ni argument,
Seize ans de solitude avaient rongé son cœur,
Laissant place à la méfiance seulement.
« Comment est-elle venue ? » demanda-t-il soudain,
Et Hakim, dans son trouble et son émotion,
Commit l’erreur fatale qui scella le destin :
« Par le passage secret de mon grand-père, en caution. »
Raphaël pâlit davantage encore,
Voyant dans ces mots la confirmation
Qu’on venait l’attaquer comme jadis l’autre,
Que l’histoire se répétait dans sa vision.
Par réflexe, par peur, par instinct de survie,
Il sonna la cloche qui appelait ses gardes,
« Le passage secret ! Quelqu’un s’y infiltre ! »
Hakim réalisa trop tard sa bavarde.
« Non, père, ce n’est pas ce que tu crois ! »
Mais déjà les hommes accouraient en armes,
Déjà le piège se refermait sur la proie,
Et Hakim pleurait sur son erreur sans charme.
« Qu’ai-je fait ? » gémit-il en tombant à genoux,
Comprenant qu’il venait de trahir X,
Non par méchanceté mais par maladresse, où
L’amour filial et l’amitié se fixent.
Alou le regarda avec une infinie tristesse,
Sachant que ce jeune homme portait désormais
Le poids d’une faute commise sans noblesse,
D’un piège involontaire qu’il ne voulait jamais.
38 - Captives dans l'Ombre
X et Yasmine avaient attendu impatiemment,
Cachées derrière les écuries comme convenu,
Puis, voyant l’heure passer anxieusement,
Avaient décidé d’emprunter le passage tordu.
Le tunnel était étroit, humide et sombre,
Sentant le moisi et les années oubliées,
Leurs pas résonnaient dans cette pénombre,
Tandis qu’elles avançaient, main dans la main liées.
Soudain, au détour d’un couloir de pierre,
Des torches s’allumèrent, révélant des ombres,
Les gardes les attendaient, visages austères,
Et les entourèrent en un cercle qui sombre.
« Nous les tenons ! » cria l’un d’eux triomphant,
Tandis que d’autres leur arrachaient leurs sacs,
X et Yasmine luttèrent un instant,
Mais furent maîtrisées avec force et trac.
On les traîna par les escaliers dérobés,
Plus bas, toujours plus bas dans les entrailles,
Jusqu’aux sous-sols où l’air était tombé,
Où la lumière même semblait en bataille.
Une cellule humide les attendait là,
Avec pour seuls meubles deux paillasses moisies,
Une porte de fer qui se referma dans un éclat,
Et le bruit du verrou scellant leur folie.
Dans l’obscurité presque totale qui suivit,
X sentit monter en elle une rage terrible,
Puis un désespoir qui lui broyait l’esprit :
Le rêve prémonitoire s’avérait possible.
Les portes qui se refermaient dans la nuit,
L’eau noire où glissaient les crocodiles,
La sensation d’être prise au piège, enfuie,
Tout ce qu’elle avait vu se révélait docile.
« Hakim nous a trahies », murmura Yasmine,
Sa voix tremblant de colère et de peine,
Mais X secoua la tête, triste mine :
« Non, quelque chose a mal tourné dans la scène. »
Elles s’assirent côte à côte dans le noir,
Écoutant l’eau qui suintait le long des murs,
Se demandant quel serait leur sort ce soir,
Dans cette prison où l’espoir même murmure.
39 - La Visite d'Alou
Les heures s’écoulèrent, interminables et lentes,
Dans cette obscurité qui dévorait l’espoir,
Puis des pas résonnèrent dans la pente,
Et une lumière apparut dans le couloir.
La porte s’ouvrit, révélant Alou,
Portant une lanterne et un plateau modeste,
Son visage exprimait un chagrin doux,
Et ses gestes étaient empreints de tendresse preste.
Il déposa le plateau avec précaution,
Pain, eau, quelques fruits séchés pour survivre,
Puis contempla X avec une émotion
Qui semblait venir du plus profond de son livre.
« Tu ressembles tant à ta mère », murmura-t-il,
« Mais en toi je vois quelque chose qu’elle n’avait :
Une lumière qui vient d’ailleurs, subtile,
La marque de ceux qui t’ont élevée et savaient. »
X le regarda avec attention soutenue,
Sentant dans cet homme une bonté rare,
Une sagesse que les années avaient accrue,
Et une tristesse qui jamais ne se sépare.
« Qui êtes-vous ? » demanda-t-elle doucement,
« Et pourquoi nous aidez-vous dans notre peine ?
Savez-vous ce que nous cherchions vraiment,
Et pourquoi ce piège s’est refermé sans gêne ? »
Alou s’assit lentement sur une pierre,
Comme un vieil homme fatigué du mensonge,
Et dans ses yeux brillait une lumière
Qui annonçait qu’il allait sortir du songe.
« Il est temps que tu saches la vérité »,
Dit-il d’une voix grave et solennelle,
« Sur ta mère, sur ta famille, sur le passé,
Sur le crime qui hante encore ces murailles. »
Yasmine se rapprocha de X instinctivement,
Pressentant que ce qui allait être révélé
Changerait tout définitivement,
Et briserait le rêve qu’X avait tissé.
40 - La Révélation du Crime
Alou raconta alors l’histoire entière,
Sans rien omettre de son horreur glacée,
Comment Penda, dévorée par sa colère,
Avait tramé le meurtre de son frère adoré.
Il décrivit le complot dans ses détails,
Les réservations manipulées avec soin,
Le mécanicien soudoyé pour le travail,
Les parachutes cachés comme un faux témoin.
Il expliqua comment Alou lui-même avait découvert,
Après le crash, en fouillant dans les affaires,
Les preuves du crime, les documents pervers,
Les témoignages des complices, l’enfer.
« Ton grand-père était un homme bon », dit-il à X,
« Il avait bâti Perla avec amour et sueur,
Mais ses deux enfants portaient en eux l’onyx :
L’un trop faible, l’autre trop cruelle dans son cœur.
Penda ne voulait pas partager l’héritage,
Elle voulait tout, cette île et ses jardins,
Et plutôt que d’accepter son partage,
Elle a préféré tuer de ses propres mains.
Mais le karma, dans sa justice implacable,
L’a rattrapée dans son propre piège mortel,
L’avion s’est écrasé, irréparable,
Et elle a péri dans son crime, c’est tel. »
X écoutait, pétrifiée d’horreur,
Sentant son monde s’effondrer pierre à pierre,
Tous les fantasmes qu’elle avait en son cœur
Sur une mère victime et tragique, par terre.
« Je suis la fille d’une meurtrière », murmura-t-elle,
Sa voix brisée par la révélation amère,
« Le sang qui coule en moi porte cette appelle,
Cet héritage de trahison et de misère. »
Yasmine la serra contre elle, tremblante,
Ne sachant que dire pour apaiser sa peine,
Tandis qu’Alou continuait, voix pesante :
« Mais toi, tu as survécu. Le désert t’a prise,
Les Potiplas t’ont élevée dans la lumière,
Loin de l’héritage toxique de Penda soumise,
Loin de cette famille brisée et mère.
Tu n’es pas ta mère, tu es ce que tu choisis,
Ce que tes actes, pas ton sang, définissent,
Le désert t’a sauvée de son héritage maudit,
Il t’a donné une chance d’être meilleure, qui lisse. »
Mais X pleurait, inconsolable et perdue,
Car le vide qu’elle avait senti toute sa vie
Prenait soudain un sens terrible et conclu :
Peut-être était-ce le pressentiment d’une infamie.
41 - La Mort
Alou les laissa pleurer un long moment,
Puis, quand leurs larmes furent taries,
Il se pencha vers elles confidemment :
« Je vais vous aider à sortir d’ici. »
X leva vers lui des yeux rougis de pleurs :
« Pourquoi feriez-vous cela pour nous ?
Vous risquez tout, peut-être même votre vie majeure,
Pour des étrangères prisonnières et jaloux. »
Alou sourit tristement dans la pénombre :
« Parce que j’ai servi cette famille trop longtemps,
J’ai vu ce que la haine et la peur encombrent,
Comment elles détruisent tout sur leur élan.
Raphaël n’est pas méchant, il est terrifié,
Mais ses gardes pourraient décider autrement,
Certains étaient fidèles à Penda, identifiés,
Et pourraient vouloir éliminer le témoignage vraiment. »
Il expliqua alors son plan audacieux :
Simuler leur mort par une concoction rare,
Une mixture qui ralentirait leur cœur précieux,
Les ferait paraître mortes, sans que rien ne sépare.
« J’ai appris cet art dans ma jeunesse lointaine,
Auprès d’un guérisseur qui vivait dans le sud,
La potion imitera la mort, sans peine,
Mais vous vous réveillerez, je vous l’assure.
Les gardes croiront que vous vous êtes empoisonnées,
Ils voudront jeter vos corps aux crocodiles,
C’est alors que j’interviendrai, coordonné,
Et vous pourrez fuir pendant la confusion hostile. »
Yasmine frémit à l’idée du danger :
« Et si la potion nous tuait vraiment ?
Si nous ne nous réveillions jamais, dérangées ?
Si le plan échouait dans son mouvement ? »
Alou la regarda avec une gravité profonde :
« C’est un risque, je ne peux le nier vraiment,
Mais rester ici, dans cette prison immonde,
C’est la mort certaine éventuellement.
Au moins avec mon plan, vous avez une chance,
Une possibilité de retrouver le désert,
De retourner vers ceux qui vous font confiance,
De vivre la vie que vous méritez, ouverte. »
X et Yasmine échangèrent un long regard,
Communiquant silencieusement leur décision,
Puis X hocha la tête sans retard :
« Nous vous faisons confiance. Quelle est la mission ? »
42 - Le Sommeil de la Mort
Alou revint à la nuit tombante,
Portant deux fioles de liquide ambré,
Son visage exprimait une tension pesante,
Sachant que tout pouvait mal tourner.
« Buvez ceci au lever du jour demain »,
Expliqua-t-il en leur tendant les fioles,
« Les effets seront rapides, sans refrain :
Votre pouls ralentira jusqu’au mol,
Votre peau prendra une pâleur cadavérique,
Votre corps se refroidira lentement,
Vous semblerez mortes, c’est authentique,
Les gardes seront trompés complètement.
Vous entendrez peut-être ce qui se passe autour,
Mais ne pourrez bouger ni ouvrir les yeux,
C’est comme être prisonnières dans une tour,
Conscientes mais immobiles dans les lieux.
N’ayez pas peur, le réveil viendra,
Quand je vous donnerai l’antidote à boire,
Mais jusque-là, il faudra endurer cela,
Cette mort apparente, ce passage noir. »
Au matin, quand les premières lueurs grises
Filtrèrent par la lucarne de la cellule,
X et Yasmine, mains dans les mains comprises,
Portèrent les fioles à leurs lèvres minuscules.
Le liquide était amer, presque insoutenable,
Brûlant la gorge comme du feu liquide,
Puis une torpeur étrange, imparable,
Commença à envahir leur corps rigide.
X sentit son cœur ralentir graduellement,
Chaque battement s’espaçant davantage,
Sa respiration devint imperceptible, lentement,
Et un froid glacial monta de son visage.
Yasmine s’effondra la première, inerte,
Ses yeux fermés comme dans un sommeil profond,
X la suivit quelques instants, alerte,
Puis sombra dans ce néant qui confond.
Quand les gardes vinrent avec le petit déjeuner,
Ils trouvèrent deux corps immobiles et froids,
Et reculèrent d’horreur, terrifiés :
« Elles sont mortes ! Empoisonnées ! Regarde ! »
Un autre accourut, tâta leur pouls absent,
Leur peau glacée comme celle des défunts,
« Il faut prévenir Raphaël sur l’instant !
Ou plutôt non… jetons-les aux crocodiles, prompts ! »
Dans l’obscurité de sa conscience endormie,
X entendait les voix comme dans un brouillard,
Voulait crier qu’elle était encore en vie,
Mais son corps refusait tout mouvement, hagard.
43 - L'Intervention et la Fuite
Ils traînèrent les corps vers l’extérieur,
Le long des couloirs puis vers le pont sombre,
Où l’eau noire clapotait, porteuse de terreur,
Où les crocodiles attendaient dans l’ombre.
« Un, deux, trois ! » comptait le garde en chef,
Prêt à jeter X dans l’eau mortelle,
Quand soudain une voix cria : « Halte ! C’est bref !
Monsieur Raphaël demande les corps, nouvelle ! »
C’était Alou, essoufflé, l’air autoritaire,
Brandissant une lettre comme un laissez-passer,
« Il veut les voir une dernière fois, pour l’affaire,
Avant qu’elles soient jetées, pour y penser. »
Le garde le plus âgé fronça les sourcils :
« Étrange… pourquoi voudrait-il voir ces mortes ?
Lui qui refusait de les recevoir, hostile… »
Il s’approcha d’Alou, méfiant, à sa porte.
Dans ce moment de confusion et d’hésitation,
X sentit quelque chose de chaud couler entre ses lèvres,
Alou versait l’antidote avec précaution,
Et dans son corps, la vie recommençait, sans fièvre.
Ses doigts bougèrent imperceptiblement d’abord,
Puis ses paupières frémirent légèrement,
Le garde le vit et cria : « Un sort !
Elles reviennent à la vie ! Étrangement ! »
« Courez ! » hurla Alou en tirant X debout,
Tandis que Yasmine ouvrait les yeux, groggy,
La confusion était totale partout,
Les gardes ne savaient que faire, choqués.
Alou les guida vers les jardins luxuriants,
À travers les allées qu’il connaissait par cœur,
Tandis que derrière eux les cris poursuivants
Résonnaient comme une meute de chasseurs.
Dans sa course, Alou glissa quelque chose
Dans la main de X, quelque chose de froid,
Elle ne put regarder, trop oppressée pour une pause,
Mais serra l’objet précieux dans sa main, en foi.
Yasmine, encore étourdie par la potion,
Trébucha, et Alou la rattrapa prestement,
Leurs regards se croisèrent une fraction,
Et passa entre eux quelque chose d’infime.
Une connexion impossible à nommer,
Une reconnaissance qui transcende les mots,
Comme si leurs âmes s’étaient rencontrées,
Dans ce moment de chaos et de maux.
44 - La Poursuite dans les Jardins
Ils couraient à travers le paradis maudit,
Ces jardins que le grand-père avait créés,
Où chaque plante semblait un joyau qui luit,
Où chaque fleur exhalait un parfum sacré.
X, malgré sa peur et son étourdissement,
Ne put s’empêcher de remarquer la beauté,
Ces arbres chargés de fruits, ce ruissellement,
Ces roses impossibles, cette végétation enchantée.
Et par instinct, par réflexe de Potiplas,
Elle cueillit des plantes en courant, rapidement,
Arrachant des feuilles, des tiges, des éclats,
Les fourrant dans ses poches frénétiquement.
Des herbes qu’elle ne connaissait pas du tout,
Des fleurs aux couleurs qu’elle n’avait jamais vues,
Son esprit, formé par Leïla, savait que surtout
On récolte ce qu’on ne connaît pas, dans les rues.
« On ne sait jamais quand ça servira », disait Leïla,
Et X obéissait à cet enseignement,
Même en pleine fuite, même dans ce gala
De danger et de peur violemment.
Les gardes se rapprochaient inexorablement,
Leurs cris se faisaient plus proches et menaçants,
Alou les guidait encore courageusement,
Mais son souffle devenait plus court, haletant.
Ils atteignirent une grille dans le mur d’enceinte,
Une sortie que peu connaissaient vraiment,
Alou la déverrouilla avec une clé sainte,
« Courez ! » cria-t-il, « Ne vous retournez pas ! »
X et Yasmine franchirent le seuil de métal,
Se retrouvant soudain hors de l’île maudite,
Sur la terre ferme, loin du mal fatal,
Mais Alou restait en arrière, dans la fuite.
« Venez ! » cria Yasmine, tendant la main,
Mais Alou secoua la tête lentement,
Un sourire triste sur ses lèvres, certain :
« Je ne peux pas. Quelqu’un doit les retenir un moment. »
45 - Le Sacrifice d'Alou
Ils couraient à travers le paradis maudit,
Ces jardins que le grand-père avait créés,
Où chaque plante semblait un joyau qui luit,
Où chaque fleur exhalait un parfum sacré.
X, malgré sa peur et son étourdissement,
Ne put s’empêcher de remarquer la beauté,
Ces arbres chargés de fruits, ce ruissellement,
Ces roses impossibles, cette végétation enchantée.
Et par instinct, par réflexe de Potiplas,
Elle cueillit des plantes en courant, rapidement,
Arrachant des feuilles, des tiges, des éclats,
Les fourrant dans ses poches frénétiquement.
Des herbes qu’elle ne connaissait pas du tout,
Des fleurs aux couleurs qu’elle n’avait jamais vues,
Son esprit, formé par Leïla, savait que surtout
On récolte ce qu’on ne connaît pas, dans les rues.
« On ne sait jamais quand ça servira », disait Leïla,
Et X obéissait à cet enseignement,
Même en pleine fuite, même dans ce gala
De danger et de peur violemment.
Les gardes se rapprochaient inexorablement,
Leurs cris se faisaient plus proches et menaçants,
Alou les guidait encore courageusement,
Mais son souffle devenait plus court, haletant.
Ils atteignirent une grille dans le mur d’enceinte,
Une sortie que peu connaissaient vraiment,
Alou la déverrouilla avec une clé sainte,
« Courez ! » cria-t-il, « Ne vous retournez pas ! »
X et Yasmine franchirent le seuil de métal,
Se retrouvant soudain hors de l’île maudite,
Sur la terre ferme, loin du mal fatal,
Mais Alou restait en arrière, dans la fuite.
« Venez ! » cria Yasmine, tendant la main,
Mais Alou secoua la tête lentement,
Un sourire triste sur ses lèvres, certain :
« Je ne peux pas. Quelqu’un doit les retenir un moment. »
46 - Le Sacrifice d'Alou
Ils couraient à travers le paradis maudit,
Ces jardins que le grand-père avait créés,
Où chaque plante semblait un joyau qui luit,
Où chaque fleur exhalait un parfum sacré.
X, malgré sa peur et son étourdissement,
Ne put s’empêcher de remarquer la beauté,
Ces arbres chargés de fruits, ce ruissellement,
Ces roses impossibles, cette végétation enchantée.
Et par instinct, par réflexe de Potiplas,
Elle cueillit des plantes en courant, rapidement,
Arrachant des feuilles, des tiges, des éclats,
Les fourrant dans ses poches frénétiquement.
Des herbes qu’elle ne connaissait pas du tout,
Des fleurs aux couleurs qu’elle n’avait jamais vues,
Son esprit, formé par Leïla, savait que surtout
On récolte ce qu’on ne connaît pas, dans les rues.
« On ne sait jamais quand ça servira », disait Leïla,
Et X obéissait à cet enseignement,
Même en pleine fuite, même dans ce gala
De danger et de peur violemment.
Les gardes se rapprochaient inexorablement,
Leurs cris se faisaient plus proches et menaçants,
Alou les guidait encore courageusement,
Mais son souffle devenait plus court, haletant.
Ils atteignirent une grille dans le mur d’enceinte,
Une sortie que peu connaissaient vraiment,
Alou la déverrouilla avec une clé sainte,
« Courez ! » cria-t-il, « Ne vous retournez pas ! »
X et Yasmine franchirent le seuil de métal,
Se retrouvant soudain hors de l’île maudite,
Sur la terre ferme, loin du mal fatal,
Mais Alou restait en arrière, dans la fuite.
« Venez ! » cria Yasmine, tendant la main,
Mais Alou secoua la tête lentement,
Un sourire triste sur ses lèvres, certain :
« Je ne peux pas. Quelqu’un doit les retenir un moment. »
47 - Le Sacrifice d'Alou
Ils couraient à travers le paradis maudit,
Ces jardins que le grand-père avait créés,
Où chaque plante semblait un joyau qui luit,
Où chaque fleur exhalait un parfum sacré.
X, malgré sa peur et son étourdissement,
Ne put s’empêcher de remarquer la beauté,
Ces arbres chargés de fruits, ce ruissellement,
Ces roses impossibles, cette végétation enchantée.
Et par instinct, par réflexe de Potiplas,
Elle cueillit des plantes en courant, rapidement,
Arrachant des feuilles, des tiges, des éclats,
Les fourrant dans ses poches frénétiquement.
Des herbes qu’elle ne connaissait pas du tout,
Des fleurs aux couleurs qu’elle n’avait jamais vues,
Son esprit, formé par Leïla, savait que surtout
On récolte ce qu’on ne connaît pas, dans les rues.
« On ne sait jamais quand ça servira », disait Leïla,
Et X obéissait à cet enseignement,
Même en pleine fuite, même dans ce gala
De danger et de peur violemment.
Les gardes se rapprochaient inexorablement,
Leurs cris se faisaient plus proches et menaçants,
Alou les guidait encore courageusement,
Mais son souffle devenait plus court, haletant.
Ils atteignirent une grille dans le mur d’enceinte,
Une sortie que peu connaissaient vraiment,
Alou la déverrouilla avec une clé sainte,
« Courez ! » cria-t-il, « Ne vous retournez pas ! »
X et Yasmine franchirent le seuil de métal,
Se retrouvant soudain hors de l’île maudite,
Sur la terre ferme, loin du mal fatal,
Mais Alou restait en arrière, dans la fuite.
« Venez ! » cria Yasmine, tendant la main,
Mais Alou secoua la tête lentement,
Un sourire triste sur ses lèvres, certain :
« Je ne peux pas. Quelqu’un doit les retenir un moment. »
48 - Le Sacrifice d'Alou
Ils couraient à travers le paradis maudit,
Ces jardins que le grand-père avait créés,
Où chaque plante semblait un joyau qui luit,
Où chaque fleur exhalait un parfum sacré.
X, malgré sa peur et son étourdissement,
Ne put s’empêcher de remarquer la beauté,
Ces arbres chargés de fruits, ce ruissellement,
Ces roses impossibles, cette végétation enchantée.
Et par instinct, par réflexe de Potiplas,
Elle cueillit des plantes en courant, rapidement,
Arrachant des feuilles, des tiges, des éclats,
Les fourrant dans ses poches frénétiquement.
Des herbes qu’elle ne connaissait pas du tout,
Des fleurs aux couleurs qu’elle n’avait jamais vues,
Son esprit, formé par Leïla, savait que surtout
On récolte ce qu’on ne connaît pas, dans les rues.
« On ne sait jamais quand ça servira », disait Leïla,
Et X obéissait à cet enseignement,
Même en pleine fuite, même dans ce gala
De danger et de peur violemment.
Les gardes se rapprochaient inexorablement,
Leurs cris se faisaient plus proches et menaçants,
Alou les guidait encore courageusement,
Mais son souffle devenait plus court, haletant.
Ils atteignirent une grille dans le mur d’enceinte,
Une sortie que peu connaissaient vraiment,
Alou la déverrouilla avec une clé sainte,
« Courez ! » cria-t-il, « Ne vous retournez pas ! »
X et Yasmine franchirent le seuil de métal,
Se retrouvant soudain hors de l’île maudite,
Sur la terre ferme, loin du mal fatal,
Mais Alou restait en arrière, dans la fuite.
« Venez ! » cria Yasmine, tendant la main,
Mais Alou secoua la tête lentement,
Un sourire triste sur ses lèvres, certain :
« Je ne peux pas. Quelqu’un doit les retenir un moment. »
49 - Le Sacrifice d'Alou
Ils couraient à travers le paradis maudit,
Ces jardins que le grand-père avait créés,
Où chaque plante semblait un joyau qui luit,
Où chaque fleur exhalait un parfum sacré.
X, malgré sa peur et son étourdissement,
Ne put s’empêcher de remarquer la beauté,
Ces arbres chargés de fruits, ce ruissellement,
Ces roses impossibles, cette végétation enchantée.
Et par instinct, par réflexe de Potiplas,
Elle cueillit des plantes en courant, rapidement,
Arrachant des feuilles, des tiges, des éclats,
Les fourrant dans ses poches frénétiquement.
Des herbes qu’elle ne connaissait pas du tout,
Des fleurs aux couleurs qu’elle n’avait jamais vues,
Son esprit, formé par Leïla, savait que surtout
On récolte ce qu’on ne connaît pas, dans les rues.
« On ne sait jamais quand ça servira », disait Leïla,
Et X obéissait à cet enseignement,
Même en pleine fuite, même dans ce gala
De danger et de peur violemment.
Les gardes se rapprochaient inexorablement,
Leurs cris se faisaient plus proches et menaçants,
Alou les guidait encore courageusement,
Mais son souffle devenait plus court, haletant.
Ils atteignirent une grille dans le mur d’enceinte,
Une sortie que peu connaissaient vraiment,
Alou la déverrouilla avec une clé sainte,
« Courez ! » cria-t-il, « Ne vous retournez pas ! »
X et Yasmine franchirent le seuil de métal,
Se retrouvant soudain hors de l’île maudite,
Sur la terre ferme, loin du mal fatal,
Mais Alou restait en arrière, dans la fuite.
« Venez ! » cria Yasmine, tendant la main,
Mais Alou secoua la tête lentement,
Un sourire triste sur ses lèvres, certain :
« Je ne peux pas. Quelqu’un doit les retenir un moment. »
50 - Les Ombres du Passé
Trois jours s’étaient écoulés depuis leur fuite,
Trois jours de marche épuisante dans le désert,
X et Yasmine avançaient, détruites,
Portant le poids d’Alou tombé dans l’enfer.
Le soleil cognait leurs tempes sans merci,
La soif brûlait leurs gorges desséchées,
Mais plus terrible était ce pressentiment qui
Les poursuivait, invisible menace cachée.
Yasmine s’arrêta soudain, scrutant l’arrière,
Sa main en visière protégeant ses yeux,
« X, regarde… là-bas dans la poussière,
Je crois voir des silhouettes sous les cieux. »
X se retourna, le cœur battant sourd,
Et distingua effectivement des formes
Qui se déplaçaient dans la chaleur du jour,
Trop loin pour les identifier, informes.
« Ce ne sont pas les gardes de Raphaël »,
Murmura X, certaine de son intuition,
« Ils n’auraient aucune raison personnelle
De nous traquer si loin de sa position.
Ce sont d’autres… des ombres du passé
Qui refusent de rester enterrées,
Peut-être des complices que Penda avait laissés,
Qui ont appris qu’une survivante est née. »
Le diamant pesait lourd dans son sac,
Non par son poids mais par sa signification,
Un trésor qui attirait dans son sillage
Tous ceux que l’avidité met en action.
« Nous devons accélérer notre marche »,
Dit Yasmine d’une voix qui ne tremblait pas,
« Trouver un abri avant que la nuit marque
Le moment où ils se rapprocheront de nous, là-bas. »
Elles repartirent, épuisées mais résolues,
Deux fugitives fuyant des dangers multiples,
Le désert s’étendait devant elles, étendue
Qui pouvait les sauver ou les rendre victimes.
51 - Le Piège des Contrebandiers
La nuit tomba sans leur apporter refuge,
Seulement un froid qui mordait jusqu’aux os,
Leurs poursuivants invisibles, comme un déluge
Suspendu, pesaient sur leurs cœurs en chaos.
À l’aube du quatrième jour de fuite,
Titubantes de fatigue et de soif mortelle,
Elles aperçurent un campement, au plus vite
Elles s’approchèrent, espérant l’hospitalité belle.
Des hommes grossiers au regard calculateur,
Contrebandiers du désert trafiquant leurs biens
Entre Dindi et les terres de l’intérieur,
Les accueillirent avec un sourire qui ne dit rien.
« De l’eau », supplia X, la gorge en feu,
« S’il vous plaît, nous avons marché si longtemps. »
Un homme barbu s’approcha, l’œil bleu,
Leur tendit une gourde, observant attentivement.
Pendant qu’elles buvaient avec avidité,
X remarqua leurs regards qui s’échangeaient,
Ces coups d’œil furtifs chargés de cupidité,
Ces sourires qui présageaient un danger.
Elle chercha le diamant dans son sac,
Voulant vérifier qu’il était toujours là,
Mais ce geste fut fatal, cet acte
Attira l’attention qu’il ne fallait pas.
« Qu’est-ce que tu caches, petite ? » demanda
Le chef, s’approchant avec une lenteur
Prédatrice qui glaça X, voilà
Qu’il tendait sa main sale vers leur malheur.
Avant qu’elle ne puisse réagir ou fuir,
Il arracha le sac de ses mains tremblantes,
Fouilla dedans et poussa un rire
Qui fit écho dans l’air, voix grinçante.
Le diamant brillait dans sa paume ouverte,
Captant la lumière matinale naissante,
« Eh bien, mes amis ! Quelle découverte !
Nous voilà riches ! » Sa voix était puissante.
Les autres s’approchèrent, une meute avide,
Entourant les deux jeunes femmes terrifiées,
« Attachez-les ! » ordonna leur guide,
« Ce soir nous déciderons de leur destinée. »
Des cordes rudes mordirent leurs poignets,
On les poussa vers une tente délabrée,
Prison de toile sous le soleil qui naissait,
Et leurs espoirs semblaient à jamais brisés.
52 - Le Festin Empoisonné
Le soir venu, le chef entra dans leur tente,
Traînant X dehors par le bras brutal :
« Tu vas nous préparer le repas, servante !
Et fais en sorte qu’il soit spécial. »
Il la conduisit vers un feu qui crépitait,
Où s’entassaient des provisions volées,
Des légumes, des épices, de la viande qui sentait,
« Cuisine ! » ordonna-t-il, voix troublée.
X regarda autour d’elle avec prudence,
Son esprit fonctionnant malgré la peur,
Elle se souvint soudain avec urgence
Des plantes qu’elle avait cueillies à toute heure
Dans les jardins de Perla pendant la fuite,
Ces herbes qu’elle avait prises instinctivement,
Sans savoir pourquoi, comme poursuivie,
Guidée par un instinct enseigné par Leïla autrefois.
Elle fouilla discrètement dans ses poches,
Ses doigts rencontrèrent les feuilles séchées,
Ces herbes que Leïla lui avait apprises, proches
Du sommeil profond quand elles sont dosées.
Elle prépara le repas avec application,
Hachant les légumes, assaisonnant la viande,
Et glissant les herbes dans la préparation
Avec des gestes que nul ne commande.
Le ragoût mijotait, dégageant des arômes
Qui attirèrent les contrebandiers affamés,
Ils s’installèrent autour du feu, en fantômes
Ignorant le sort qui leur était scellé.
« Goûte d’abord ! » ordonna le chef méfiant,
Tendant à X une écuelle pleine à ras bord,
Elle porta la cuillère à ses lèvres, confiant
Que le dosage épargnerait son corps.
Elle avala, le goût était acceptable,
Rien qui trahisse la présence du poison doux,
« C’est bon », dit-elle d’un ton imperturbable,
« Mangez maintenant, servez-vous de tout. »
Les hommes se jetèrent sur la nourriture,
Dévorant avec l’appétit des affamés,
X retourna près de Yasmine, figure
Calme malgré son cœur qui battait, alarmé.
« Qu’as-tu fait ? » chuchota Yasmine anxieuse,
Voyant l’étrange lueur dans les yeux de X,
« J’ai préparé leur sommeil. Sois silencieuse,
Bientôt nous serons libres de ce complexe. »
53 - L'Évasion Nocturne
Une heure passa, peut-être deux, dans l’attente,
Les contrebandiers parlaient fort, riaient, buvaient,
Puis leurs voix commencèrent à devenir lentes,
Leurs gestes moins assurés, leurs yeux qui rêvaient.
L’un après l’autre, ils s’effondrèrent lourdement,
Certains près du feu, d’autres dans le sable,
Ronflant comme des bêtes, profondément,
Plongés dans un sommeil inébranlable.
X et Yasmine attendirent encore,
S’assurant que tous dormaient sans feinte,
Puis X rampa vers le chef, son trésor
Serré dans son poing fermé, atteinte.
Elle récupéra le diamant avec soin,
Le glissa dans sa poche avec les pierres à feu,
Puis détacha Yasmine, et dans un coin
Elles cherchèrent des provisions pour les cieux.
Des gourdes d’eau, du pain, des dattes séchées,
Une couverture, un couteau de chasse,
Et dans un coffre qu’elle avait cherché,
X découvrit des documents, une trace.
Des papiers jaunis, des lettres signées,
Des noms qu’elle reconnut avec stupeur,
Des preuves du complot ourdi jadis, lignées
Qui impliquaient Penda dans son horreur.
« Regarde ! » murmura-t-elle à Yasmine,
« Ces documents prouvent tout le plan,
La corruption, les paiements, la ruine
Que Penda avait orchestrée il y a seize ans.
Raphaël pourrait en avoir besoin un jour,
Pour se disculper, pour prouver la vérité. »
Elle les glissa dans son sac, ce détour
Du destin leur offrant cette clarté.
Elles trouvèrent deux dromadaires attachés,
Les libérèrent silencieusement dans la nuit,
Puis montèrent et s’éloignèrent, détachées,
Laissant derrière elles le campement qui luit.
L’aube les trouva déjà loin, chevau chant,
Le désert effaçant leurs traces derrière,
Les contrebandiers se réveilleraient, cherchant,
Mais trop tard pour rattraper ces deux guerrières.
54 - Retour vers l'Oasis
« Nous devrions retourner vers l’oasis »,
Proposa X alors que le soleil montait,
« Celle où nous avons campé à l’aller, le paradis
Où nous nous sommes reposées, avant Dindi. »
Yasmine hocha la tête avec lassitude,
Trop épuisée pour discuter ou argumenter,
Elles tournèrent leurs montures vers cette étude,
Ce lieu de mémoire qu’elles voulaient visiter.
Le désert qu’elles traversaient semblait différent,
Non dans sa géographie ou sa nature,
Mais dans la façon dont leurs yeux le comprenaient,
Comme si leur vision avait changé de facture.
Les mêmes dunes qu’elles avaient franchies
À l’aller, pleines d’espoir et d’anticipation,
Maintenant les regardaient, ensevelies
Sous le poids de la révélation.
X portait en elle tant de vérités nouvelles,
Sur Penda, sur Raphaël, sur elle-même,
Sur ce que signifiait être fille rebelle
D’une mère qu’elle n’avait jamais vue, emblème.
Le voyage de retour était métaphore
De sa transformation intérieure profonde,
Elle n’était plus celle qui était partie, encore
Innocente, cherchant ses origines dans le monde.
Elle revenait différente, chargée de savoirs
Qui pesaient lourd mais aussi libéraient,
Comprenant que les réponses qu’on veut voir
Ne sont pas toujours celles qui nous guérissent ou plaisent.
Le diamant dans son sac, les documents cachés,
Les graines de Perla qu’elle avait cueillies,
Les pierres à feu qu’elle n’avait jamais lâchées,
Tous ces objets racontaient son odyssée.
Elles aperçurent enfin l’oasis verdoyante,
Ses palmiers se découpant sur le ciel bleu,
Ce lieu de transition, étape importante
Entre qui elle était et qui elle deviendrait, jeu.
« Nous y sommes », murmura Yasmine, soulagée,
Et elles dirigèrent leurs dromadaires assoiffés
Vers l’eau claire qui brillait, dégagée,
Promesse de repos après tant de dangers traversés.
55 - Sous les Étoiles de l'Oasis
Elles installèrent leur campement simple,
Deux couvertures près du bassin d’eau claire,
Le feu qu’X alluma avec ses pierres, temple
De lumière dansante dans la nuit polaire.
Elles mangèrent en silence, épuisées,
Puis restèrent assises côte à côte,
Regardant les étoiles qui semblaient baisées
Par l’immensité du ciel, beauté sans faute.
Yasmine rompit finalement le silence,
Sa voix douce portée par la brise nocturne :
« Alou… » Elle s’arrêta, l’évidence
De son chagrin rendant ses mots taciturnes.
X attendit, ne forçant rien, patiente,
Laissant à son amie l’espace de parler,
De nommer cette douleur encore brûlante,
Ce sacrifice qui les avait libérées.
« Je l’ai à peine connu », continua Yasmine,
« Quelques heures, quelques regards échangés,
Et pourtant… » Sa voix devint câline,
« C’était comme si nos âmes avaient voyagé
Ensemble depuis toujours, reconnaissances
D’une connexion inexplicable et vraie,
Dans ses yeux, j’ai vu une essence
Qui répondait à quelque chose en moi, essai. »
Elle essuya ses larmes avec sa manche,
« Il est mort pour nous. Pour moi. »
X prit la main de Yasmine, sansanche,
Serrant ses doigts avec force et foi.
« Yasmine », dit-elle avec douceur grave,
« Tu as perdu quelqu’un aussi. Comme moi,
J’ai perdu Penda sans l’avoir connue, esclave
De cette absence. Mais toi, tu as eu, vois,
Quelques instants avec Alou. Instants vrais,
Authentiques, où vos cœurs se sont touchés.
C’est plus que ce que j’ai jamais eu, refait
De Penda. Tu as eu ce moment sacré. »
Yasmine hocha la tête, comprenant
Que chaque perte avait sa propre nature,
Que la douleur n’était pas un différent
Mais une expérience unique, pure.
Elles restèrent ainsi sous les étoiles,
Deux sœurs de cœur unies dans le chagrin,
Partageant leur douleur comme on dévoile
Un secret précieux au petit matin.
56 - Le Rêve Révélé
Cette nuit-là, X ne trouvait pas le sommeil,
Allongée sur sa couverture, les yeux ouverts,
Contemplant les constellations, conseil
Des anciens qui brillaient dans l’univers.
Son esprit revenait sans cesse au rêve,
Ce rêve qu’elle avait fait des semaines avant,
Où Malik tissait une carte, sans trêve,
Vers un jardin luxuriant et verdoyant.
Sur le moment, elle avait cru comprendre
Que ce rêve indiquait son passé perdu,
Un chemin vers ses origines à prendre,
Une carte vers ce qu’elle n’avait jamais vu.
Mais maintenant, avec tout ce qu’elle savait,
Avec la vérité sur Penda révélée,
Avec l’acceptation qu’elle avait trouvée,
Une nouvelle interprétation s’était dévoilée.
Elle se redressa soudainement, le cœur battant,
Une illumination la traversant comme l’éclair,
« Yasmine ! » appela-t-elle, haletante,
« Réveille-toi ! Je comprends, c’est clair ! »
Yasmine émergea du sommeil, confuse,
« Quoi ? Qu’est-ce qui se passe ? Un danger ? »
« Non », dit X, sa voix pleine d’excuse,
« Mais écoute… tu te souviens du songe partagé ?
Mon rêve, quand Malik tissait cette carte
Vers un jardin luxuriant, un paradis vert ?
Je croyais qu’il me montrait le départ
Vers mon passé, mais je me trompais, à l’envers !
Ce n’était pas une carte vers mon passé »,
Continua X, les mots se bousculant,
« C’était une carte vers mon futur tracé,
Vers ce que je vais créer, mon élan !
J’ai vu les jardins de Perla, merveille,
J’ai cueilli des graines pendant notre fuite,
Des plantes qui pourraient transformer, pareilles,
Le désert en oasis, beauté qui luit.
Si je ramène ces graines aux Potiplas,
Si nous apprenons à les cultiver ensemble,
Le rêve de Malik pourrait devenir là-bas
Réalité, un jardin qui ressemble
À celui qu’il avait tissé dans ses visions !
C’est ça, l’élixir que je dois rapporter,
Non pas des réponses sur mes origines, non,
Mais un futur verdoyant à planter ! »
Yasmine la regardait, les yeux émerveillés,
Comprenant la profondeur de cette révélation,
« Tu vois ? » dit X, sa voix éveillée,
« Mon voyage n’était pas une aberration
Pour découvrir d’où je venais vraiment,
Mais pour trouver où je vais maintenant,
Pour ramener aux Potiplas ce présent
Qui transformera leur avenir, changeant. »
Elle serra les graines dans sa main fermée,
Ces semences précieuses de Perla,
Symbole de l’espoir qui venait d’être semé,
Du futur qu’elle allait créer, voilà.
57 - Hakim le Vengeur
Le troisième jour à l’oasis s’achevait,
Le soleil descendant teintait le ciel de pourpre,
Quand un rugissement mécanique s’élevait,
Brisant la paix du soir comme un tonnerre sourd.
X et Yasmine bondirent sur leurs pieds,
Reconnaissant ce son qu’elles connaissaient bien,
Le moteur d’un buggy qui traversait, pressé,
Les dunes dorées dans un ballet aérien.
C’était Hakim, conduisant comme un possédé,
Son véhicule bondissant par-dessus les crêtes,
Soulevant derrière lui des nuages de poussière
Qui retombaient lentement dans la lumière nette.
Il freina brusquement près de leur campement,
Descendit d’un bond, le visage transformé,
Ce n’était plus le garçon hésitant
Qu’elles avaient connu, mais un homme déterminé.
Dans sa main, il tenait une canne de bois sombre,
Incrustée d’argent, au pommeau sculpté,
Mais quelque chose manquait dans cette ombre,
Un vide au sommet qui semblait crier.
« La canne de mon grand-père », dit-il gravement,
« Je l’ai trouvée sur mon lit avec un message,
Un mot d’Alou, écrit de sa main lentement,
Avant qu’il ne… » Sa voix se brisa, ravage.
Il tendit le papier à X qui le lut,
Les mots d’Alou dansant devant ses yeux embués,
Cette dernière volonté qu’il avait voulu,
Ce testament qui les avait tous liés.
« Il a retiré le diamant du pommeau »,
Continua Hakim, les yeux brillants de larmes,
« Me laissant cette canne vide comme un fardeau,
Symbole de l’honneur perdu, dernier charme.
Il me dit de protéger ma cousine,
D’être l’homme que mon grand-père aurait voulu,
De ne pas être comme Penda, l’assassine,
Ni comme Raphaël qui a eu peur, éperdu.
Il me dit d’être celui qui répare. »
Hakim s’agenouilla devant X, suppliant,
« Je suis venu te demander pardon, car
J’ai trahi ta confiance par mon silence pesant.
Mais je veux honorer la mémoire d’Alou,
Accomplir ce qu’il m’a demandé dans sa mort,
Rentrer à Dindi, affronter tout, debout,
Révéler la vérité sur Penda et son sort,
Faire arrêter ses complices qui vivent encore,
Ceux qui vous ont poursuivies dans le désert,
Restaurer l’honneur de cette canne d’or,
Remplir ce vide avec quelque chose de sincère. »
X regarda longuement son cousin transformé,
Vit dans ses yeux la détermination nouvelle,
La culpabilité qui l’avait consumé,
Mais aussi l’homme qu’il pouvait devenir, fidèle.
« Y’a pas de problèmes », dit-elle doucement,
« Que des solutions. Tu n’es pas ta famille,
Hakim. Tu n’es pas Penda certainement,
Ni même Raphaël. Tu es toi, et tu brilles.
Alou t’a confié cette canne pour que tu deviennes
Meilleur. Je crois en toi, mon cousin. »
Elle lui tendit la main, lien qui retient,
Et il la saisit, scellant leur nouveau destin.
58 - Le Retour à Perla
Ils repartirent ensemble vers Dindi,
Cette fois dans le buggy d’Hakim rapide,
X assise à l’avant, Yasmine chérie
À l’arrière, toutes deux l’âme intrépide.
Le voyage qui avait pris des jours à pied,
Se fit en quelques heures dans le véhicule,
Les dunes défilant, paysage varié,
Jusqu’à ce qu’apparaisse la ville minuscule.
Perla se dressait au loin sur son île,
Mais X la regardait d’un œil différent,
Non plus avec crainte ni désir futile,
Mais avec la sérénité du comprenant.
Elle n’était plus celle qui était venue,
Cherchant désespérément ses origines floues,
Elle revenait transformée, revenue,
Sachant qui elle était vraiment, debout.
Hakim les conduisit jusqu’au pont tremblant,
Puis jusqu’à la porte principale, grande ouverte,
Cette fois X n’emprunterait pas le chemin
Du passage secret, voie couverte.
Elle entra par la grande porte, tête haute,
Comme quelqu’un qui a le droit d’exister,
Non comme une voleuse ou une faute,
Mais comme une personne digne de citer.
Raphaël les attendait dans le grand hall,
Alerte par Hakim de leur venue prochaine,
Et quand il vit X, son regard banal
Se transforma, reconnaissant la reine.
Non plus la fille de Penda qu’il redoutait,
Mais une jeune femme forte et claire,
Qui venait non pour réclamer ou conquérir, net,
Mais pour apporter quelque chose de sincère.
« X », dit-il simplement, voix tremblante,
« Je… je ne sais par où commencer.
Le piège… les gardes… » Sa voix hésitante
Cherchait les mots pour tout expliquer.
« Je sais », répondit X avec calme profond,
« Vous aviez peur. C’est naturel, humain.
Penda vous a fait tant de mal, confond,
Que voir sa fille a ravivé votre chagrin.
Mais je ne suis pas Penda, Raphaël.
Je suis X, fille des Potiplas du désert.
Je ne viens pas réclamer l’immortel
Héritage ni me venger de l’hiver.
Je viens vous apporter la vérité,
Et peut-être… la possibilité
De guérir enfin de cette blessure ancienne,
De transformer le poison en médecine. »
59 - La Réconciliation Fragile
Raphaël la regardait avec stupeur mêlée,
Voyant en elle non plus le fantôme
De Penda qu’il avait tant redouté,
Mais une personne à part entière, chrome.
« Asseyez-vous », dit-il d’une voix usée,
Les guidant vers le salon où Alou
Avait servi tant de thés, brisée
Routine que la mort avait fait dissoudre.
« Alou… » commença Raphaël, puis s’arrêta,
Les larmes montant malgré lui à ses yeux,
« Il était plus qu’un majordome pour moi, voilà,
Il était… » Il ne put finir, silencieux.
« Il était noble », dit X doucement,
« Il nous a sauvé la vie au péril de la sienne,
Il m’a révélé la vérité franchement,
Sur Penda, sur le complot, sur la peine.
Et voici », elle sortit les documents trouvés,
« Les preuves que j’ai découvertes par hasard,
Chez des contrebandiers du désert, donnés,
Documents qui prouvent le complot noir.
Les noms de tous les complices de Penda,
Les paiements qu’elle a faits pour le sabotage,
Tout est là, noir sur blanc, voilà
Les preuves qui pourraient vous dédommager. »
Raphaël prit les papiers d’une main tremblante,
Les parcourut rapidement, reconnaissant
Ces noms qu’Alou avait cherchés, pressante
Quête qui avait duré seize ans, pesant.
« Avec ceci… », murmura-t-il, éperdu,
« Avec ceci, je pourrais enfin prouver
Que je n’étais pas complice, entendu,
Que j’étais victime, tout aussi trompé.
Pourquoi ? » demanda-t-il soudain, levant
Les yeux vers X avec incompréhension,
« Pourquoi m’apportez-vous ces documents vivant,
Alors que j’ai laissé mes gardes, sans mention,
Vous capturer, vous enfermer comme des bêtes ? »
X sourit, un sourire triste mais vrai,
« Parce que y’a pas de problèmes, complète,
Que des solutions. Et parce que je sais, essai,
Ce que c’est que d’avoir peur de son passé,
D’être hanté par des fantômes qu’on n’a pas créés,
Vous n’êtes pas votre sœur, pas plus que j’ai tracé
Son chemin. Nous sommes libres de notre destinée. »
Un silence tomba dans la pièce lumineuse,
Chargé d’émotions trop lourdes pour les mots,
Puis Raphaël tendit sa main, heureuse,
Et X la prit, scellant leur nouveau lien, tôt.
Ce n’était pas de l’amour familial,
Ni même de l’amitié au sens plein,
Mais une reconnaissance mutuelle, spécial,
Une compréhension entre deux êtres humains
Qui avaient souffert de la même malédiction,
Et qui choisissaient ensemble de briser
Ce cycle de peur et de destruction,
Pour construire quelque chose de mieux, versé.
60 - Le Don du Diamant
« Attendez », dit Raphaël en se levant,
« Il y a quelque chose que je dois faire. »
Il quitta la pièce d’un pas mouvant,
Les laissant dans l’attente, atmosphère.
Il revint quelques minutes plus tard, tenant
Dans sa paume ouverte le diamant brillant,
Celui qu’Alou avait pris, ce présent
Qu’il avait donné à X en mourant.
« Ce diamant », commença-t-il gravement,
« Appartenait à mon père, votre grand-père,
Un homme bon qui l’a acquis honnêtement,
Fruit de son travail, pas de quelque affaire.
Penda ne l’a jamais mérité vraiment,
Elle qui a comploté pour tout voler,
Et moi… » il hésita un moment,
« Moi non plus, trop brisé pour le porter.
Mais toi, X, tu es ce qu’il aurait voulu
Que ses enfants soient : forte, juste, bonne,
Tu as transformé la malédiction qui est nue
En possibilité de grâce, tu rayonnes.
Garde-le. C’est à toi. Non pas comme
Héritage de Penda que tu dois subir,
Mais parce que tu es, en somme,
La seule chose bonne issue de ce martyre. »
X prit le diamant avec révérence,
Le tenant à la lumière où il brillait,
Mille feux dansant dans sa présence,
Mais son cœur savait déjà ce qu’elle ferait.
« Je l’accepte », dit-elle avec douceur,
« Mais pas pour moi. Pour ma communauté,
Les Potiplas qui m’ont donné mon bonheur,
Ma vraie famille, mon identité.
Avec ceci, nous pourrons nous protéger,
Acheter ce dont nous avons besoin pour survivre,
Dans ce monde qui change, pour naviguer,
Tout en gardant notre façon de vivre.
Mais… » elle hésita, puis continua,
« Il y a une autre chose que je voudrais,
Si vous le permettez, si cela vous agrée,
Quelque chose qui vaut plus que tout trésor. »
Raphaël la regarda, intrigué, attendant.
« Les jardins de Perla », dit X fermement,
« Hakim m’a dit qu’ils sont magnifiants,
Que votre père les a créés patiemment.
Pourriez-vous me donner des graines, supplice,
Des boutures de vos plantes les plus rares ?
Pour les ramener au désert, délice,
Pour créer notre propre jardin, art rare ? »
Raphaël la fixa, bouche légèrement ouverte,
Stupéfait par cette requête humble et pure,
Cette jeune femme qui, richesse offerte,
Demandait des graines, simple nature.
Un sourire lent éclaira son visage usé,
Le premier vrai sourire depuis des années,
« Bien sûr », dit-il, voix amusée,
« Mon père aurait adoré cette idée née.
Il disait toujours que les jardins étaient faits
Pour être partagés, non pas gardés jaloux,
Que la beauté qui ne se donne jamais
Est une beauté morte, sans rien de doux.
Je vais faire préparer un sac complet,
Avec nos meilleures graines et boutures,
Avec des instructions, tout ce qu’il vous faut,
Pour faire pousser ce jardin futur. »
Il quitta à nouveau la pièce, enjoué,
Et X sentit son cœur se gonfler d’espoir,
Le rêve de Malik allait se réaliser,
La carte tissée deviendrait réalité, à voir.
61 - Les Adieux du Cousin
Le lendemain, au lever du soleil naissant,
Hakim, X et Yasmine se tenaient
Devant le buggy, moment poignant,
Sachant que leurs chemins se séparaient.
Hakim portait la canne de son grand-père,
Toujours vide au sommet, mais fièrement,
Symbole de la mission qu’il devait faire,
De l’honneur qu’il allait restaurer patiemment.
« Je reste à Dindi », dit-il fermement,
« Pour accomplir ce qu’Alou m’a demandé,
Révéler la vérité publiquement,
Arrêter les complices, les faire condamner.
Pour rendre justice à la mémoire d’Alou,
Pour nettoyer le nom de notre famille,
Pour mériter cette canne que je tiens debout,
Pour devenir l’homme qu’elle symbolise. »
X hocha la tête, comprenant sa quête,
« Tu as trouvé ton propre voyage, cousin,
Ta propre façon d’être honnête,
Ton propre chemin vers ton destin. »
« Mais je reviendrai », promit Hakim,
Les yeux brillants d’émotion sincère,
« Te voir, ma cousine, te rendre ainsi hymne,
Connaître ton peuple, ta vie austère.
Nous sommes famille, non par le sang qui coule,
Mais par le choix que nous avons fait,
De nous tenir ensemble quand tout s’écroule,
De nous pardonner ce qui nous déplaisait. »
Il étreignit X longuement, fortement,
Puis Yasmine qui avait pleuré Alou,
« Merci », lui dit-il simplement, cément,
« Pour avoir aimé celui qui valait tout. »
Puis il monta dans son buggy métallique,
Mit le contact, le moteur rugit puissant,
« À bientôt, X ! » cria-t-il, prophétique,
« À bientôt, ma cousine du désert ! » instant.
Et il s’éloigna dans un nuage doré,
Le soleil levant illuminant sa route,
Un homme transformé, un homme restauré,
Qui partait accomplir sa mission, sans doute.
X et Yasmine le regardèrent partir,
Debout dans le vent matinal léger,
Deux sœurs de cœur prêtes à repartir
Vers leur propre maison, sans plus de danger.
Elles avaient avec elles le sac de graines,
Le diamant qui sauverait leur peuple,
Les documents prouvant la vérité ancienne,
Et surtout, elles-mêmes, transformées, couple.
Le voyage de retour pouvait commencer,
Non plus comme une fuite désespérée,
Mais comme un retour triomphal, annoncé,
Porteuses d’élixirs pour leur communauté.
62 - Le Retour au Campement
Cinq jours après avoir quitté Dindi,
X et Yasmine aperçurent au loin,
Se découpant sur l’horizon infini,
Les tentes familières dans leur écrin.
Le campement des Potiplas se dressait,
Comme une promesse après tant d’épreuves,
Ses fumées montant vers le ciel qui plaisait,
Ses voix portées par le vent qui s’émeut.
X sentit son cœur se serrer étrangement,
Mélange de joie immense et d’appréhension,
Se souvenant du vote qui sévèrement
L’avait condamnée à cette séparation.
Elles avaient désobéi à la communauté,
Fui dans la nuit comme des voleuses,
Et maintenant revenaient, transformées,
Porteuses de trésors, mais aussi coupables, heureuses.
« Que vont-ils dire ? » murmura Yasmine,
Voix tremblante d’une anxiété nouvelle,
« Nous ont-ils pardonnées, ou leur mine
Sera-t-elle fermée, réaction cruelle ? »
X ne répondit pas, mais pressa le pas,
Descendant la dune qui les séparait encore,
Son sac lourd contre son dos, là-bas,
Contenant les élixirs qu’elle rapportait du dehors.
Les enfants les aperçurent les premiers,
Poussant des cris qui alertèrent les adultes,
Et bientôt tout le campement entier
Se rassembla pour voir ces deux revenantes adultes.
Leïla se tenait devant, visage fermé,
Les bras croisés sur sa poitrine sévère,
Ses yeux scrutant sa fille avec fermeté,
Cherchant à comprendre cette étrangère.
Car X avait changé, cela se voyait,
Non dans ses traits ni dans sa stature,
Mais dans sa façon de se tenir, qui révélait
Une force nouvelle, une maturité pure.
Elle n’était plus la jeune fille partie,
Hésitante et cherchant désespérément,
Mais une femme revenue, établie,
Sachant qui elle était profondément.
« Mère », dit X en s’approchant, prudente,
« Grandmother Amina, Youssef, Malik, tous,
Je sais que nous avons désobéi, tremblante
Conscience de notre faute envers vous.
Mais j’ai ramené quelque chose avec moi,
Quelque chose qui pourrait… » Elle s’arrêta,
Voyant dans les visages une certaine émoi,
Un malade qu’on transportait, voilà.
63 - L'Herbe Miraculeuse
« Karim est malade », expliqua Leïla grave,
« Depuis trois jours, la fièvre ne le quitte,
J’ai essayé toutes les herbes que j’ai, esclave
De mon savoir, mais rien ne profite.
Il me manque une plante qui ne pousse
Que près de l’océan, près des côtes lointaines,
Sans elle, je crains que la mort ne pousse
Le jeune homme vers les ombres incertaines. »
X sentit son cœur bondir dans sa poitrine,
Se souvenant soudain de ce qu’elle portait,
Ces plantes cueillies dans sa course enfantine
À travers les jardins que Perla abritait.
« Attends ! » dit-elle avec urgence pressante,
Fouillant dans son sac d’une main fébrile,
Cherchant parmi ses affaires l’herbe absente,
Qu’elle avait gardée par instinct habile.
Elle sortit un paquet de feuilles séchées,
Les tendant à Leïla d’un geste rapide,
« Est-ce que… est-ce que c’est ce que tu as cherché ? »
Sa voix tremblait, espoir timide.
Leïla prit les plantes, les examina,
Ses yeux s’écarquillant de surprise profonde,
« C’est… c’est exactement… » Elle hésita,
« C’est l’herbe rare ! Comment… dans ce monde… »
« Je l’ai cueillie pendant ma fuite »,
Expliqua X avec simplicité touchante,
« Dans les jardins de Perla, poursuite
Où je ramassais tout ce qui semblait chanter.
Je ne savais pas. J’ai juste écouté
Ce que tu m’as appris, mère, tes leçons :
Récolter les plantes qu’on ne peut nommer, guidé
Par l’instinct que tu as cultivé, forgeons. »
Leïla la regarda longuement, émue,
Puis soudain la serra contre sa poitrine,
La tenant fort, comme si elle avait cru
Ne jamais la revoir, affection divine.
« Ma fille », murmura-t-elle dans ses cheveux,
« Ma fille sage qui a tant appris. »
Puis elle se détacha, les yeux pieux,
« Il faut que je prépare ce remède acquis. »
Elle courut vers sa tente de guérison,
X la suivant avec toute la communauté,
Observant comment la décoction selon
L’art ancien se préparait, vérité.
En moins d’une heure, Karim but l’infusion,
Et déjà sa fièvre commençait à baisser,
Miracle de la nature et de l’intuition,
Sauvé par l’herbe que X avait rapportée.
Un murmure parcourut l’assemblée entière,
Reconnaissance que X n’était pas revenue
Les mains vides, mais porteuse de lumière,
Que son voyage n’avait pas été perdue.
64 - Le Premier Trésor
Le soir venu, quand Karim dormait paisible,
Fièvre vaincue, respiration régulière,
Toute la communauté se rassembla, visible,
Autour du feu central, dans la lumière.
X se leva, le cœur battant fort,
Tenant son sac contre elle comme un bouclier,
Sachant que le moment était venu encore
De partager ce qu’elle avait ramené, lier.
« J’ai trois trésors à vous offrir ce soir »,
Commença-t-elle d’une voix claire et ferme,
« Le premier, vous l’avez déjà pu voir :
L’herbe qui a sauvé Karim, germe.
Mais il y en a d’autres, plus grands encore. »
Elle sortit alors le diamant brillant,
Qui capta la lumière du feu comme un or,
Projetant mille éclats scintillants.
Des exclamations stupéfaites s’élevèrent,
Personne n’avait jamais vu pareille pierre,
Cette fortune qui dans sa main s’éclairait,
Ce trésor digne d’un conte de la terre.
« Ceci appartenait à ma famille biologique »,
Expliqua X, sa voix portant loin,
« Mon grand-père maternel, homme stoïque,
L’avait acquis honnêtement, sans besoin
De vol ni de tromperie, par son travail.
Ma mère ne l’a jamais mérité vraiment,
Et mon oncle était trop brisé, en détail,
Pour le porter dignement, simplement.
Mais il m’a été donné, non comme héritage
De sang, mais comme reconnaissance claire
De qui je suis, de mon courage,
De ma valeur propre, sincère.
Et maintenant, je vous l’offre à tous »,
Dit-elle en tendant le diamant vers le feu,
« À ma vraie famille, à vous,
Les Potiplas qui m’ont élevée en ces lieux.
Utilisez-le pour acheter ce dont nous avons besoin,
Pour protéger notre mode de vie ancien,
Pour naviguer ce monde qui, loin,
Change autour de nous, incertain. »
Grandmother Amina fut la première à parler,
Sa voix ancienne portant la sagesse des âges,
« Enfant, tu transformes l’héritage empoisonné
En don d’amour. C’est le plus sage. »
Youssef hocha la tête, visage ému,
« Ce diamant nous protégera longtemps,
Nous permettra d’acheter sans être démunis
Les choses nécessaires à notre campement. »
Malik souriait, les yeux brillants de larmes,
Comprenant que X avait trouvé plus
Que ses origines dans ce voyage, charme,
Elle avait trouvé sa place, absolue.
65 - Le Deuxième Trésor
« Mais ce n’est pas tout », continua X,
Sortant maintenant un sac de toile usée,
« J’ai ramené quelque chose de complexe,
Quelque chose qui vient d’une pensée osée.
Malik », dit-elle en se tournant vers lui,
« Tu te souviens du tissage que tu as fait,
Il y a des années, dans la nuit qui luit,
Cette carte vers un jardin, un projet ?
Un paysage luxuriant que tu avais imaginé,
Avec des arbres verts et des fleurs éclatantes,
De l’eau qui coule et des oiseaux alignés,
Un paradis tissé de tes mains tremblantes ? »
Malik hocha la tête, surpris qu’elle s’en souvienne,
« Oui… c’était un rêve fou, irréel,
Un monde qui n’existe pas, antienne
Sortie de mon imagination, éternel. »
« Mais il existe ! » s’exclama X avec passion,
« Je l’ai vu de mes propres yeux émerveillés !
Les jardins de Perla, cette création
Que mon grand-père avait bâtis, dévoilés !
Ton rêve n’était pas une simple fantaisie,
C’était une vision prophétique, vraie,
Une carte vers un futur où la vie
Peut fleurir même dans le désert, essai.
Et j’en ai ramené des graines », dit-elle,
Ouvrant le sac pour montrer son trésor,
« Des boutures des plantes les plus belles,
Avec des instructions sur comment, encore,
Les cultiver, les faire pousser ici,
Dans notre désert aimé, notre terre,
Ton rêve tissé peut devenir ainsi
Réalité, si nous apprenons ce mystère,
Si nous travaillons ensemble patiemment,
Si nous donnons à ces graines l’eau et le soin,
Nous pouvons créer notre propre firmament
Verdoyant, notre jardin, notre coin. »
Le silence qui suivit était chargé d’émotion,
Malik pleurait ouvertement maintenant,
Ses mains tremblantes tenant avec dévotion
Quelques graines que X lui offrait, troublant.
« Mon rêve… », murmura-t-il, voix brisée,
« Mon rêve n’était pas qu’imagination folle,
Il existait vraiment, dans un lieu éloigné,
Et maintenant il peut renaître, symbole… »
Youssef se leva, voix grave et solennelle,
« Ceci est un don plus grand que l’or,
Car l’or s’épuise, mais ces graines nouvelles
Pourront se multiplier, donner encore
Et encore, créant un héritage vivant
Pour nos enfants et les enfants de nos enfants,
Transformant notre relation avec le vent
Et le sable, nous donnant des éléments. »
Les jeunes se pressaient autour de X,
Touchant les graines avec révérence douce,
Imaginant déjà les arbres complexes
Qui pousseraient ici, verdure qui pousse.
66 - Le Troisième Trésor
« Et le troisième trésor ? » demanda Grandmother Amina,
Ses yeux anciens fixés sur X avec intensité,
« Tu as dit qu’il y en avait trois, natura,
Quoi d’autre as-tu ramené avec fierté ? »
X hésita, cherchant ses mots avec soin,
« Le troisième trésor est immatériel »,
Dit-elle finalement, la voix au loin,
« C’est la connaissance, le pont potentiel
Entre deux mondes, entre Dindi et nous,
Entre leur médecine et nos herbes sacrées,
Entre leur technologie et nos savoirs doux,
Entre leur futur et nos traditions ancrées.
Je connais maintenant des gens là-bas,
Mon cousin Hakim qui viendra nous voir,
Mon oncle Raphaël qui comprend, voilà,
Que nous existons, que nous avons notre histoire.
Peut-être qu’un jour nous pourrons échanger,
Notre savoir contre le leur quand nous en avons besoin,
Un pont entre deux mondes, sans nous changer,
Sans perdre qui nous sommes, gardant notre coin.
Je peux être cette messagère, médiane,
Cette traductrice entre les cultures,
Apportant ce qui est utile, sans profane
Corruption de notre nature pure. »
Un murmure parcourut l’assemblée divisée,
Certains approuvant, d’autres inquiets,
Craignant que le monde extérieur, avisé,
Ne détruise leur mode de vie acquis.
Mais Grandmother Amina se leva lentement,
S’appuyant sur sa canne de bois noueux,
Et parla d’une voix qui portait fermement,
Silençant tous les murmures anxieux :
« Tu vois, enfant ? » dit-elle avec douceur,
« Tu es partie chercher ton passé perdu,
Espérant combler le vide dans ton cœur,
Trouver d’où tu venais, d’où tu es issue.
Mais tu nous ramènes notre futur brillant,
Des graines pour nos jardins de demain,
Un diamant pour nous protéger, puissant,
Des connexions pour ouvrir des chemins.
C’est l’élixir le plus précieux vraiment,
Non pas de savoir d’où tu viens, origine,
Mais de savoir où tu vas, clairement,
Et de ramener des dons pour ta famille divine. »
X sentit les larmes monter à ses yeux,
Sortit de son sac ses pierres à feu,
Les tenant dans sa paume vers les cieux,
« Et ça », dit-elle d’une voix qui émeut,
« Je ne l’ai jamais perdu. Ces pierres
Que tu m’as données pour mes quinze ans,
Grandmother Amina, ton cadeau sincère,
M’ont accompagnée dans tous mes tourments.
Parce que c’est vous. Votre sagesse profonde,
Votre force qui ne plie jamais,
Votre enseignement qui dans mon cœur abonde,
Avec ces pierres, je peux à jamais
Créer de la lumière partout où je vais,
Non par le feu qu’elles allument seulement,
Mais par ce que vous m’avez transmis, essai,
Cette capacité de voir clairement
Les solutions dans chaque problème rencontré,
La force de transformer le poison en médecine,
La sagesse de choisir qui je veux être,
La lumière intérieure qui illumine. »
Elle tomba à genoux devant l’ancienne,
Qui posa sa main ridée sur ses cheveux,
« Tu es notre fille, notre citoyenne,
Tu l’as toujours été, dans nos lieux.
Le voyage du héros ne se termine jamais,
Il recommence chaque matin au réveil,
Avec chaque choix de rester fidèle, vrai,
À ce qui compte, sous le soleil. »
67 - L'Arbre de l'Avenir
Trois lunes plus tard, au lever de l’aurore,
Toute la communauté se rassembla,
Pour une cérémonie qui allait éclore,
La plantation du premier arbre, voilà.
Malik avait préparé le sol avec soin,
Creusant profondément dans le sable dur,
Mélangeant la terre avec l’eau du besoin,
Créant un berceau pour la vie future.
Chacun apportait quelque chose d’essentiel,
Les enfants portaient des seaux d’eau précieuse,
Les anciens chantaient les prières rituelles,
Les jeunes préparaient la terre nébuleuse.
X tenait dans ses mains la bouture choisie,
Un petit arbre fragile aux feuilles tendres,
Qui avait survécu au voyage, chérie,
Protégée dans son sac, espoir à prendre.
Elle s’agenouilla près du trou préparé,
Et doucement, avec une révérence infinie,
Plaça l’arbre dans la terre, ancré,
Symbole de l’enracinement et de la vie.
Tous ensemble versèrent l’eau lentement,
Nourrissant les racines assoiffées,
Murmurant des bénédictions doucement,
Priant pour que l’arbre soit fortifié.
Quand la cérémonie fut achevée,
X resta assise près de l’arbre naissant,
Regardant l’horizon doré, levée
Vers l’ouest où se trouvait Dindi, présent.
Elle pensait à Hakim qui œuvrait là-bas,
Honorant la mémoire d’Alou fidèle,
À Raphaël qui guérissait pas à pas,
À Yasmine qui veillait, sentinelle.
Elle pensait à Penda qu’elle n’avait jamais connue,
Cette mère biologique qui avait échoué,
Et aux Potiplas qui l’avaient reconnue,
Lui donnant une famille, une identité.
Elle était complète maintenant, entière,
Non parce qu’elle avait trouvé ses origines,
Mais parce qu’elle avait compris, lumière,
Que l’identité qu’on choisit domine.
Elle appartenait aux deux mondes désormais,
Fille du désert et messagère des cités,
Porteuse de graines et de promesses,
Pont entre les mondes, en vérité.
Son voyage du héros était accompli,
Mais comme l’avait dit Grandmother Amina,
Le voyage ne finit jamais, enrichi,
Il recommence chaque jour, voilà.
Un nouveau voyage commençait pour elle,
Celui de la messagère, de la sage,
Celle qui apporte des nouvelles fidèles,
Qui unit les mondes à travers les âges.
L’arbre près d’elle oscillait doucement,
Ses feuilles chuchotant dans la brise matinale,
Promesse d’un futur verdoyant vraiment,
Où les rêves tissés deviennent réalité finale.
Et X sourit, les yeux tournés vers l’horizon,
Sachant qu’elle était exactement là où elle devait être,
Chez elle, entourée de sa raison
De vivre, sa famille, son être.
À Voix Hautes
Atelier amateur de lecture à voix haute.
Infos pratiques
Gratuit
Ouvert aux 18 à 98 ans
Durée : 1h
Habitat Jeunes Charles-Brennus – Salle Lino Ventura
1 rue Anatole France
Châteaudun
Dates
Le Mercredi à 20h00
5 et 19 mars 2025
2 avril 2025
23 avril 2025
21 mai 2025
4 juin 2025
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